Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/21

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d’ecclésiastiques estimés et de professeurs illustres ; ils ont jeté les bases de leur organisation définitive. D’ici à quelques jours, un évêque sera désigné pour recevoir la consécration de l’archevêque des anciens-catholiques d’Utrecht. Les réformes nécessaires dans le culte et la discipline seront alors opérées conformément à la plus ancienne tradition de l’église. L’élection de ses pasteurs sera rendue au peuple chrétien, qui pourra prier dans sa langue ; la grave question du célibat ecclésiastique sera de nouveau examinée. Les orateurs qui ont parlé au congrès de Cologne y ont fait entendre le langage le plus élevé, le plus éloquent, les paroles les plus puissantes peut-être qui aient retenti en Allemagne depuis la réformation. Nous avons assisté aux discussions, aux cérémonies du culte des vieux-catholiques ; il est impossible de déployer une piété plus fervente. C’est ce caractère vraiment religieux du mouvement qui seul lui confère de l’importance, car, s’il était purement scientifique ou philosophique, il ne serait pas un péril pour l’église romaine, il se perdrait bientôt dans le grand courant de la libre pensée. Il est certain que dans ces deux années il s’est beaucoup étendu, qu’il compte des milliers d’adhérens dans l’Allemagne entière et jusque dans les campagnes ; il s’est aussi largement recruté dans la Suisse allemande. Très certainement M. de Bismarck lui assigne dans ses calculs politiques une place très importante. On comprendra tout le parti qu’il en peut tirer, si l’on se souvient de l’énergie avec laquelle les vieux-catholiques ont insisté sur les dangers qui devaient résulter du nouveau dogme pour les états modernes. Ils ne se sont pas contentés en effet de faire de la théologie, ils n’ont pas hésité à dénoncer l’infaillibilité papale comme un ferment de trouble et de révolte dans la société civile, et de demander l’expulsion des jésuites. Le congrès des vieux-catholiques de Cologne en 1872 a consacré une séance entière à la question de la situation vis-à-vis de l’état ; il a décidé d’entrer en pourparlers avec le pouvoir civil, et de se présenter à lui comme étant seul la fidèle représentation de l’ancienne église acceptée par lui, tandis que l’église romaine, par ses procédés novateurs et révolutionnaires, s’est mise en dehors du contrat.

On voit toute la portée des résolutions prises par les vieux-catholiques sur ces points divers. Ils ont rédigé sans le savoir l’exposé des motifs des projets de loi que méditait M. de Bismarck, en même temps qu’ils lui recrutent une milice religieuse prête à entrer en ligne au moment favorable. Évidemment, si le mouvement de Munich et de Cologne devenait une réformation nouvelle, aussi puissante dans sa direction que celle du XVIe siècle, le gouvernement prussien y trouverait l’appui le plus précieux. Il se poserait alors comme l’héritier de ces grands princes saxons qui ont favorisé la