Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/229

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dans sa fortune matérielle. Assurément, s’il y a une ville qu’une politique prévoyante doive traiter avec sollicitude, avec des ménagemens qui n’excluent pas une vigilante fermeté, c’est cette grande cité parisienne, qui a été depuis quelques années si cruellement éprouvée par des événemens, par des malheurs dont elle porte de toutes parts la marque douloureuse, dont elle n’est pas seule responsable. Dans quel piège la conduit-on aujourd’hui ? On la pousse à un vote qui peut raviver toutes les défiances des provinces contre elle, qui l’atteint aux yeux du monde dans sa considération de ville de l’intelligence et des arts, qui est fait en même temps pour paralyser tous les intérêts. On le sait bien, on le voit bien, le premier effet de toutes les manifestations de ce genre est de ralentir le travail, de diminuer les commandes, de mettre l’hésitation dans les affaires, en un mot, de créer une de ces situations dont les ouvriers eux-mêmes souffrent aussi bien que les chefs d’industrie. L’esprit provincial, qui a ses organes à Versailles, a quelquefois imprudemment traité Paris en suspect, et le radicalisme en profite pour se ménager un succès de hasard dont Paris en définitive commence par payer les frais. Les radicaux ont voulu, disent-ils, défendre le suffrage universel contre les mutilations dont il serait menacé. Ils le défendent tout comme ils défendent Paris, en le compromettant. Ils ne voient pas qu’ils font au contraire plus que jamais une obligation non de préparer des mutilations dont on n’a pas la pensée, mais de se préoccuper de cet étrange état où le monde électoral n’est plus qu’une vaste confusion, une promiscuité, où l’on crée tout un système de candidats errans, M. Barodet à Paris, M, Lockroy à Marseille, M. Ranc à Lyon, où les manifestations du suffrage universel, au lieu d’être la représentation fidèle et régulière de l’esprit des diverses contrées de la France, deviennent des tourbillons, des explosions artificielles, où il n’est plus question ni de l’opinion vraie, ni de la raison, ni des intérêts du pays. Laisser le suffrage universel tel qu’il est, sans garantie, sans vérité, à l’état d’ouragan périodique, croit-on que ce soit le moyen de le faire vivre et de lui assurer l’avenir ?

Les radicaux ont eu surtout la prétention de défendre la république, à ce qu’ils assurent, et certainement la république n’a pas reçu depuis deux années de coup plus dangereux que celui dont l’a frappée dimanche dernier la victoire du radicalisme. Si elle n’a pas été atteinte d’une façon irréparable, elle n’en est peut-être pas plus florissante de santé, et il faudra dans tous les cas du temps et bien des soins pour réparer le mal. Qu’a-t-on vu en effet ce jour-là ? La bataille électorale du 27 avril n’a point été visiblement une lutte entre la monarchie ou même la réaction et la république ; il n’y avait rien de semblable, la monarchie n’a eu dans l’élection qu’un rôle effacé, représenté par cette candidature du colonel Stoffel qui a réuni quelque 27,000 voix. Le vrai débat a été en-