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gouvernement prussien ait le droit de transformer cette polémique en articles de loi s’attaquant non à des faits précis et à des actes délictueux, mais à des idées et à des tendances.


III

Dès que M. de Bismarck fut décidé à engager la lutte contre le catholicisme, il s’y prépara avec sa résolution accoutumée. Il semblait qu’il fût suffisamment armé par la législation de son pays pour avoir raison de toutes les résistances : un passé récent montrait les ressources qu’elle fournissait au despotisme de l’état. En réalité, l’indépendance de l’église n’avait jamais été reconnue en Prusse. L’église protestante évangélique n’avait joui du système synodal et des sérieuses garanties qu’il offre par son caractère représentatif que sur la rive droite du Rhin ; dans toutes les autres provinces de la monarchie, on s’était contenté de faire régir les églises par des consistoires placés sous la direction de superintendans, espèce d’évêques à moitié civils, représentant avant toute chose la suprématie de l’état. Un conseil supérieur siège à Berlin sans être une vraie délégation de l’église, car il n’émane pas de ses libres choix. Quant à l’église catholique, ses relations avec l’état ont été réglées par la bulle du 11 avril 1827, qui déterminait le nombre des évêques et confiait leur élection aux chapitres sous la réserve d’un droit d’élimination laissé à l’état. La bulle fut complétée par le gouvernement prussien, comme le concordat conclu avec Napoléon l’avait été par les articles organiques. L’ordonnance du 30 janvier 1830 portait que tous les actes ecclésiastiques, y compris ceux du pape, ne pourraient être publiés qu’avec l’agrément de l’état, qu’aucune affaire ecclésiastique ne pourrait être portée devant des juges étrangers, que le clergé serait formé dans les universités et dans les séminaires agréés par le pouvoir, qu’enfin un recours contre ses empiétemens serait toujours ouvert auprès de l’autorité civile. Cette ordonnance fut maintenue malgré le bref papal du 30 juin 1830, qui la qualifiait de scandaleuse.

On le voit, l’état disposait de tous les moyens nécessaires pour avoir le dernier mot dans les querelles ecclésiastiques, et l’on savait fort bien en Prusse que ce dernier mot n’était pas une vaine parole. En effet, l’état avait fait sentir sa lourde main aussi bien dans l’église protestante que dans l’église catholique à la première occasion de conflit. Le roi Guillaume III était un grand ami de l’union des églises ; il avait pensé que la différence entre le luthéranisme et le calvinisme n’avait plus de raison d’être. C’était une opinion très large et très respectable en elle-même ;