Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/236

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serait déjà peut-être à Madrid. Elle n’est pas même sur le chemin qui peut conduire à Madrid, et en définitive elle semble faire peu de progrès. Elle n’a pas réussi jusqu’à présent à prendre une ville de quelque importance, elle a récemment échoué dans ses tentatives sur des bourgs comme Oñate ou sur la petite ville de Puycerda, qui touche à la frontière française du côté de la Catalogne. Le fait est que l’insurrection carliste paraît peu en mesure de prendre une offensive sérieuse ; mais si elle ne gagne pas de terrain ou si elle échoue devant les villes qu’elle essaie d’attaquer, elle tient la montagne, où il n’est pas facile d’aller la saisir, elle est toujours assez forte pour entretenir une guerre civile qui peut se prolonger, surtout avec le peu d’armée qu’on a pour une action sérieuse. Le général Nouvilas, qui commande pour le gouvernement dans le nord, en Navarre et dans les provinces basques, trace des plans de campagne, combine des colonnes, et au bout du compte il n’atteint guère les bandes carlistes. En Catalogne, un nouveau chef militaire, le général Velarde, est arrivé récemment avec les meilleures intentions d’en finir. Il s’est heurté d’abord contre l’indiscipline de ses troupes ; il a commencé quelques opérations, et il n’est pas plus avancé que Nouvilas. Tous ces chefs carlistes, Saballs en Catalogne, Dorregaray, Lizarraga, le curé Santa-Cruz, dans les provinces basques, échappent à toutes les poursuites. Il en sera sans doute ainsi tant qu’il n’y aura pas une armée reconstituée ; mais cette armée, elle ne peut se reconstituer que s’il y a un gouvernement à Madrid. Or à Madrid la situation se trouble et s’aggrave de jour en jour ; elle vient de se compliquer d’un coup d’état assez mystérieux qui supprime la commission de permanence de l’assemblée sans donner à coup sûr beaucoup de force au gouvernement lui-même.

Le secret de ce nouvel imbroglio n’est pas facile à démêler à travers l’obscurité qui enveloppe depuis quelque temps les affaires de l’Espagne. Ce qui paraît assez vraisemblable, c’est que la commission de permanence s’est émue de la situation du pays, et, voyant le gouvernement faiblir devant tous les agitateurs, elle a senti le besoin de prendre des mesures. Elle s’entendait, dit-on, avec le général Serrano, et elle voulait proposer, elle a même proposé par le fait, la réunion à bref délai de l’assemblée, avec un ajournement des élections ; de là un conflit avec le gouvernement. Avec ces délibérations a coïncidé, d’une façon qui n’était point sans doute fortuite, un rassemblement en armes des anciens bataillons de la garde nationale du temps de la monarchie. Ces bataillons se sont réunis à la place des Taureaux, prenant une attitude de guerre, se déclarant prêts à soutenir la commission parlementaire. Aussitôt l’agitation s’est répandue dans Madrid. Le gouvernement s’est mis en défense, il a fait appel au peu de troupes qu’il avait, à sa garde nationale à lui, aux volontaires de la république. Il a