Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/243

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Voici quelques chiffres notés par M. Armand le 20 juillet 1847, au camp de l’Oued-Merdja, dans les gorges de la China (petit Atlas), par un sirocco d’une violence inaccoutumée. A trois heures, dans l’intérieur d’un gourbi en branchages impénétrables aux rayons du soleil, le thermomètre marquait 48 degrés. Un thermomètre suspendu à hauteur d’homme, sur le plan incliné formé par la paroi extérieure d’une tente à 16 hommes et sous les rayons directs du soleil, marquait à deux heures 66 degrés, à trois heures et demie 72 degrés ; en même temps, la température de la tente était de 63 degrés. Une carte géographique collée sur toile, qui était restée étalée, se fronça comme un parchemin crispé au feu, un morceau de cire d’Espagne se ramollit au point qu’il filait lorsqu’on le soulevait. Blottis sous leurs gourbis, les soldats attendirent la fin du sirocco dans un indicible malaise. On comprend que des températures pareilles ne laissent pas de produire dans l’organisme les perturbations les plus nuisibles, surtout lorsqu’on s’expose ensuite à un refroidissement subit. M. Armand en a fait l’expérience sur lui-même. Au printemps de 1846, il se trouvait avec un bataillon du 36e de ligne au camp de l’Oued-Ruina, dans la vallée du Chélif. Il avait eu déjà un certain nombre de fiévreux, bien qu’il n’y eût aucun marais dans le voisinage, et presque toujours les accès étaient survenus après un bain froid. Le 26 mai, accablé par le sirocco (le thermomètre marquait 46 degrés sous le gourbi et 50 degrés sous la tente), M. Armand prit à son tour le parti de se plonger dans la rivière. Tout d’abord il éprouva une sensation de bien-être infini ; se laissant caresser par le courant, il ne sortit de l’eau que lorsque des frissons l’avertirent qu’il se refroidissait. A peine sorti et habillé, M. Armand fut pris d’un malaise général ; le soleil ne put le réchauffer, la réaction ne se fit pas ; au repas du soir, il ne put manger, et un violent mal de tête l’empêcha de dormir. Cet état de malaise se prolongea pendant cinq jours ; le 1er juin, le camp fut levé, et pendant la marche au soleil M. Armand éprouva les premiers accès d’une fièvre rémittente qui ne céda qu’au bout de quinze jours au sulfate de quinine pris à haute dose. Il ne fut même entièrement rétabli qu’à la fin de juin, grâce à un changement d’air. Cette observation lui parut décisive pour la doctrine du chaud-et-froid contre l’hypothèse des miasmes, et il faut avouer que dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres, la température et l’humidité semblent jouer un rôle prépondérant, sinon exclusif. D’un autre côté, les fièvres augmentent en Algérie d’une manière très sensible pendant la saison chaude ; de 1840 à 1844, le nombre moyen des entrées aux hôpitaux militaires était au printemps de 4,000 par mois, de 12,000 au mois d’août, de 11,000 en septembre, de 10,000 en octobre, et la présence ou l’absence des marais paraît avoir peu d’influence sur le chiffre des malades. Néanmoins la question est loin d’être tranchée, elle semble au contraire se