Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/291

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Malgré la modicité des sommes, c’est en dix années un progrès extraordinaire.

Les contingens réunis des sources, des pompes d’élévation et du canal de l’Ourcq ont pendant longtemps à peu près suffi aux exigences du groupe parisien ; pourtant, si nous en étions réduits là aujourd’hui, nous nous trouverions singulièrement à plaindre. Les efforts du temps passé ont lentement, mais incessamment produit de bons résultats ; ceux qui ont été accomplis de nos jours ont dépassé tout ce que l’on pouvait imaginer jadis, ils ont amené une révolution complète dans nos habitudes ménagères, ils ont permis de donner une salubrité appréciable à nos rues, dont Mercier a dit que « le pavé était le plus infect et le plus immonde de toutes les villes du royaume. » Ils ont détruit, il est vrai, en grande partie, l’industrie des porteurs d’eau qui, il y a vingt ans encore, nous fatiguaient de leurs cris ; en revanche, ils ont conduit l’eau dans nos demeures et l’ont mise à la portée de tous. En étudiant le régime actuel des eaux potables de Paris, nous dirons par quels travaux, souvent gigantesques, on est arrivé à pourvoir d’une façon presque complète aux besoins des particuliers, de l’industrie et de l’assainissement.


II

Paris emprunte aujourd’hui ses eaux à la Seine, à l’Ourcq, à la Marne, qui lui fournissent un volume quotidien de 281,500 mètres cubes, aux sources d’Arcueil, de la Dhuis, des puits artésiens de Grenelle et de Passy, qui donnent 33,600 mètres. A ce contingent, il faut ajouter ce que produisent encore les sources du nord, qui en moyenne peuvent suer, — c’est le vrai mot, — 216 mètres cubes par vingt-quatre heures. — 345,316,000 litres d’eau potable sont donc mis chaque jour à la disposition de la population parisienne, qui peut boire, laver ses rues, nettoyer ses égouts, faire ses blanchissages et sa cuisine, alimenter ses machines à vapeur fixes ou mobiles, embellir ses jardins, avoir des rivières factices et des lacs dans ses promenades, faire jaillir la gerbe des fontaines monumentales et prendre des bains tout à son aise. Nous voilà bien loin déjà du temps où Mercier admirait la pompe à feu de Chaillot ; mais nous n’en resterons pas là D’immenses travaux entrepris à la fin de l’hiver 1867-68, interrompus par les événemens de 1870, sont actuellement poussés avec vigueur, et nous amèneront dans quelques mois un renfort quotidien de 100 millions de litres d’eau de source pure et limpide.

Pour suivre un ordre en quelque sorte chronologique, il faut