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des marins, et ces marins ne tardèrent pas à s’élancer vers les terres lointaines. Le commerce éveilla l’esprit d’industrie ; la Phénicie devint un pays de verriers, de constructeurs, de préparateurs de parfums, de tisserands, et la pourpre syrienne fut dans l’antiquité la pourpre par excellence.

Les colonies phéniciennes furent longtemps pour la civilisation primitive ce que sont aujourd’hui pour nous les établissemens européens de l’extrême Orient. La plus lointaine, celle qui frappa le plus les imaginations, fut celle de Tarsis, au sud de l’Espagne, près de l’endroit où une mer sans limites s’ouvrait aux regards des navigateurs épouvantés. Cette exploitation d’un pays riche entre tous avait été précédée par de nombreuses entreprises du même genre. Chypre, Rhodes, Cythère, le Péloponèse, Malte, la Sardaigne et la Corse avaient reçu des essaims de Phéniciens colonisateurs ou trafiquans. La conquête proprement dite ne fut jamais leur ambition. Le jour vint, probablement vers le temps du roi d’Israël Salomon, où leurs regards se tournèrent vers les Indes, soit qu’ils y aient abordé directement par la Mer-Rouge et le Golfe-Persique, soit qu’ils en aient cherché les productions sur les côtes de l’Arabie-Heureuse. C’est là le pays d’Ophir dont il est parlé dans les livres hébreux. Toutefois il ne paraît pas que leurs expéditions de ce côté aient eu longtemps de l’importance. La grande route du commerce s’établit de préférence par terre au moyen des caravanes. On traversait le nord de la Palestine, la Syrie, la région de Damas, on s’enfonçait dans le désert de Syrie, on se reposait dans l’oasis de Palmyre ; après cela, c’était encore le désert, puis les fertiles vallées de l’Euphrate et du Tigre. C’est de là qu’on se dirigeait vers les Indes soit en longeant la mer, soit en la traversant.

Sidon, comme nous l’avons dit, fut la première métropole. Aussi, personnifiée dans un patriarche éponyme, passe-t-elle dans la Genèse pour le premier-né de Canaan. Le territoire de Tyr faisait partie du domaine sidonien. C’est en suite d’une émigration de réfugiés sidoniens que la nouvelle Tyr, c’est-à-dire l’île qui faisait face à la vieille ville de ce nom, acquit une importance qui lui valut au bout d’un certain temps une véritable suprématie. Plus tard, Sidon se releva, et depuis la prise de Tyr par Nébucadnetzar (VIIe siècle avant Jésus-Christ) elle redevint la première ville commerçante et politique du pays. Elle fut brûlée par ses propres habitans, révoltés contre l’empire perse et vaincus par les troupes d’Artaxerce. Rebâtie, elle se joignit à Alexandre par haine contre ses dominateurs. Le développement de nombreuses rivales en Égypte, en Grèce, en Italie, ne lui permit plus toutefois de reconquérir son ancienne prospérité. Au temps de Pomponius Mela