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II

Comme la plupart des pays de l’Europe, le Danemark a un parlement composé de deux chambres, le Landslhing ou chambre haute, le Folkething ou chambre basse. Il y a un parti conservateur et un parti avancé, qui sont perpétuellement en lutte l’un contre l’autre. Le premier se subdivise en trois fractions : les nationaux-libéraux, le tiers-parti, les grands propriétaires ; le second s’appelle la gauche-réunie, et il prend pour mot d’ordre l’extension du suffrage et l’augmentation de l’influence du Folkething. Constitué en 1870 par une fusion entre l’ancienne gauche et les « amis des paysans, » il a promptement grandi, parce qu’il met une forte discipline parlementaire au service d’une coalition.

Lorsqu’il était président du conseil des ministres, le comte Frys, qui exerçait sur le parlement une grande influence personnelle, était parvenu à former une alliance entre les grands propriétaires et une fraction considérable des amis des paysans ; mais, lorsqu’il se retira du ministère le 4 mai 1870, cette alliance n’existait plus, et la majorité gouvernementale, autrefois si compacte, reçut une grave atteinte par la formation de la gauche-réunie. En 1866, lors de la révision du pacte fondamental nécessitée par là perte des duchés, le gouvernement avait fortifié dans le Landsthing les élémens conservateurs. Tout en maintenant pour cette assemblée le principe de l’élection à deux degrés, il avait fait adopter une disposition qui adjoignait aux électeurs du second degré choisis parmi les électeurs primaires les citoyens les plus imposés dans les districts ruraux, et dans les villes ceux qui possèdent un revenu de 1,000 rigsdalers. A peine organisée, la gauche-réunie demanda la suppression de cette clause et le retour pur et simple à la constitution du 5 juin 1849. Dans les premiers mois de 1872, à l’approche des élections pour le renouvellement complet de la seconde chambre, elle publia une espèce d’adresse à ses « coreligionnaires politiques. » Voici quelques-uns des principes qui se trouvaient formulés dans ce document : égalité pour tous sans égard au rang et à la fortune, suppression des entraves apportées au développement intellectuel de la nation, abaissement des tarifs douaniers sur les objets nécessaires à la vie et à l’industrie, rétablissement de l’équilibre budgétaire au moyen d’un impôt sur le revenu et la fortune, suppression des dîmes et des majorats, extension du droit de suffrage dans les élections communales, rémunération du clergé par l’état et intervention des communautés dans le choix des pasteurs, diminution des charges et dépenses militaires et application plus complète du service obligatoire. Sans doute il est facile de relever" dans ce programme plus d’une contradiction. Comment concilier par exemple une plus étroite application du service obligatoire