Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/487

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et lorsqu’après une prorogation de deux mois les parlemens se réunirent, au commencement de décembre, un certain apaisement s’était manifesté. Cependant les opinions avancées essayaient d’entrer en scène, plus encore en dehors des chambres que dans le sein des chambrés elles-mêmes. Il existe en Danemark une école politique qui, sous prétexte de liberté, d’économie et de progrès, ne tendrait à rien moins qu’à désorganiser les rouages du pouvoir et à paralyser l’influence nécessaire du gouvernement. Aux yeux de cette école véritablement radicale, l’armée est une chose superflue, les garanties de la défense territoriale ne doivent prendre aucune place dans les préoccupations de l’esprit public, le clergé est condamné à la perte de son autorité morale, et tout élément religieux doit disparaître de l’instruction publique. Le groupe d’écrivains qui soutiennent ces idées se représente comme le parti de l’avenir, comme le propagateur de ce qu’il appelle la critique transcendante, et ne recule dans ses conclusions ni devant l’athéisme, ni devant le matérialisme. Ces théoriciens de la destruction, qui préconisent ex cathedra un système anarchique, ont essayé de faire des recrues au sein du parlement et de se placer eux-mêmes sous la bannière de la gauche réunie. Sans doute ils ne sont pas arrivés à leur but, et l’opposition, si ardente qu’elle puisse être, ne se jette pas dans de pareilles exagérations, ; mais on découvre déjà au milieu de la seconde chambre quelques symptômes de radicalisme, dont il est impossible de ne pas tenir compte. Ce serait fermer les yeux à l’évidence que de ne pas apercevoir ce mouvement qui se manifeste sous la forme démocratique parmi les populations rurales, sous la forme socialiste dans les villes, sous la forme critique dans les régions scientifiques et littéraires.

Il est curieux de constater le véritable acharnement avec lequel les hommes qui appartiennent à une telle école ou qui s’en rapprochent poussent partout, sinon à la suppression absolue des armées permanentes, du moins à la diminution du chiffre des effectifs. Les théories de désarmement ne sauraient pourtant être admises qu’à une époque où les traités seraient une garantie réelle, où il y aurait en diplomatie des principes, où la force ne primerait point le droit. Aujourd’hui les armées sont nécessaires aux différens pays de l’Europe, non-seulement au point de vue de leurs relations avec l’étranger, mais pour la sauvegarde de la situation intérieure, compromise dans toutes les contrées par les menées de la révolution cosmopolite. Dans l’état d’instabilité des stipulations internationales, c’est un devoir pour les nations, petites ou grandes, de se mettre en légitime défense et de proportionner le nombre de leurs soldats à celui de leurs habitans. Le nouvel empire germanique est entouré d’états secondaires, la Suisse, la Belgique, la Hollande, le Danemark. Sans doute, si ces pays voulaient comparer leurs ressourcés à celles de leur puissant voisin, ils pourraient se laisser aller à un tel