Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/497

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jourd’hui, il peut sans nul doute retrouver une force réelle ; mais ici on ne voit plus bien ce qui le séparerait de M. Thiers, puisque d’un côté ce serait toujours plus ou moins cette « république, conservatrice » dont le chef du gouvernement a si souvent parlé, et que d’un autre côté pour l’organisation de cette république M. Thiers a beaucoup plus d’affinités avec le parti conservateur qu’avec les républicains, même avec les républicains modérés, à qui il disait un jour, le 29 novembre 1872, qu’il ne partageait aucune de leurs opinions, « ni sur l’impôt, ni sur l’armée, ni sur l’organisation sociale, ni sur l’organisation de la république. » La vérité est que dans ce travail qui compose notre triste vie politique on a souvent livré la proie pour l’ombre, l’autorité qu’on pouvait exercer dans la pratique de tous les jours pour cette réserve idéale d’ume restauration monarchique qu’on n’était pas en mesure de réaliser.

Le mal est là et il est aussi dans les tiraillemens, dans les ombrages, dans les mouvemens de défiance et d’irritation qui s’en sont suivis entre certaines fractions du parti conservateur et le chef du gouvernement. Le remède est par cela même tout indiqué, il est dans le rapprochement de ces forces faites pour s’entendre dans l’œuvre commune, de la défense sociale. Qu’on proclame définitivement la république, on le peut certes si on le veut, là n’est pas la question. L’essentiel est d’organiser la situation actuelle en lui donnant ses institutions modératrices, ses garanties, en travaillant d’intelligence à ces lois que le gouvernement va présenter ; mais, si l’on veut agir sérieusement et utilement, la première condition est de ne pas défaire dans les conversations, dans les antagonismes de couloirs, ce qu’on aura fait à la pleine lumière. Il ne faut pas que le lendemain du jour où la majorité aura donné son appui au gouvernement elle l’affaiblisse par quelque coup dérobé, et il ne faut pas non plus que M. le président de la république prête l’autorité de son nom ou de sa spirituelle parole à tout ce qui pourrait déconsidérer la chambre. Ce ne serait plus là qu’une politique de fantaisie qui ne remédierait à rien, qui n’empêcherait pas une crise où ce qui achèverait de ruiner l’un des pouvoirs ne sauverait pas l’autre, et où le pays, dernière et invariable victime, expierait les fautes de tout le monde.

La politique de l’Europe du nord, sans être indifférente à ce qui se passe en France, semble porter assez légèrement après tout les préoccupations qui lui viennent de ce côté. Elle se met en voyage avec ceux qui la représentent ; elle entreprend ses excursions d’été, se partageant entre les conférences intimes dont on ne dit pas le secret et les fêtes qui éclatent à tous les yeux. Que les chambres de Berlin discutent sur la causse des invalides, qui va laisser une opulente dotation sous la main de la Prusse, ou sur la réforme monétaire, — que les délégations autrichiennes se perdent dans des conflits obscurs, tout cela s’efface un peu : les souverains, se promènent, ils se font des politesses à Saint-Pétersbourg, et l’empereur d’Autriche de son côté inaugure l’exposition uni-