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armée. Le général Stuart et les deux colonels Lee, l’un fils et l’autre neveu du général, se chargèrent de cette périlleuse reconnaissance. Se dérobant aux vedettes, culbutant les détachemens qu’ils rencontraient, mettant le feu aux fourgons fédéraux sur leur passage, trouvant les routes barrées à leur retour, et construisant à la hâte un pont sur le Chickahominy, pour le détruire aussitôt passé, ils firent ainsi complètement le tour de l’armée fédérale, quoique poursuivis par une grosse troupe de cavalerie. Ils rentrèrent enfin sains et saufs au camp, ayant pleinement réussi dans cette téméraire expédition. Le côté faible de Mac-Clellan avait été découvert, et Lee prépara l’attaque.

Jackson avait reçu l’ordre de venir rejoindre son général en chef à Cold-Harbor le 25 juin. Une dépêche adressée au « général Jackson quelque part » lui enjoignait d’arriver à marches forcées et avec le plus grand secret. « Quelque part » était en effet la seule adresse qui pût convenir au rapide et silencieux capitaine et à ses mystérieux mouvemens. Trompant par ses manœuvres la vigilance de Mac-Clellan, Jackson, forcé à d’innombrables marches et contre-marches dont lui seul dans son armée avait le secret, n’arriva que le 27. Lee n’avait pu retarder ses opérations. Après de longues heures d’un combat acharné, les confédérés avaient réussi à déloger les fédéraux de leurs positions à Mechanicsville, sur le Chickahominy ; mais, trouvant des travaux de défense bien plus formidables un peu plus loin, ils ne purent s’en emparer et ne gagnèrent que le champ de bataille, où ils couchèrent. Le lendemain de cette journée, la première du « combat de sept jours, » la lutte recommença, et les sudistes firent d’héroïques efforts pour s’emparer des positions qu’ils n’avaient pu prendre la veille. Hill et Longstreet furent impuissans, tout en infligeant des pertes considérables à Mac-Clellan, à percer les travaux ennemis. — Jackson, si impatiemment attendu, n’arrivait pas. Lee, calme et sérieux comme toujours, ne trahissait par aucun geste son extrême préoccupation ; mais la position devenait critique, lorsque vers deux heures, au milieu du roulement de l’artillerie, un immense cri se fit entendre ; Jackson était arrivé.

« Ah ! général, s’écria Lee, il me tardait de vous voir ; j’avais espéré vous rencontrer plus tôt. » Jackson salua silencieusement, rendant le serrement de main à celui dont il devait dire un jour : « Cet homme est un phénomène ; il est le seul au monde que le suivrais les yeux bandés. » Lee, regardant avec inquiétude du côté de la violente canonnade, lui dit : « Le feu est terrible ! croyez-vous que vos hommes pourront le soutenir ? » Jackson écouta un instant, et de sa voix brève répondit : « Ils peuvent tout supporter, général ; ils supporteront bien cela. » Et donnant des éperons à sa maigre