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put risquer l’armée de Nord-Virginie. Il n’y avait plus qu’à opposer une héroïque résistance aux coups du « grand marteau » avec lequel Gréant allait tenter de l’écraser.

Le jour décisif de cette suprême lutte arriva. Le 29 mars 1865, Grant, rejoint par l’armée de Sheridan, avait résolu d’attaquer les confédérés par leur flanc droit. S’il réussissait, tout était perdu pour eux ; il eût fallu pour soutenir la lutte trois fois plus d’hommes que Lee, obligé d’en garder pour ses lignes de défense, n’en pouvait envoyer. Laissant Longstreet et Ewell pour défendre Petersburg, il porta le reste de sa petite armée, 15,000 hommes d’infanterie et 2,000 cavaliers, contre le point d’attaque de Grant ; mais cette cavalerie, naguère si brillante, n’était plus qu’un triste débris de chevaux usés et fourbus et de cavaliers en guenilles. Il paraissait presque impossible que devant les forces quatre fois supérieures de Grant les confédérés pussent offrir une résistance sérieuse. Pourtant on vit bientôt que, malgré cette énorme disproportion, Lee était décidé à combattre jusqu’à la dernière extrémité. Il espérait encore, en repoussant l’assaut et en affaiblissant les forces fédérales, s’ouvrir une ligne de retraite. Toute l’ardeur guerrière de sa race semblait revivre en lui à ce moment d’immense danger. La lutte dura quatre jours avec quelques rares momens d’avantage pour les confédérés. Le premier jour, une charge furieuse, commandée par Lee lui-même, avait rompu les divisions ennemies, et un instant il avait pu se croire certain de dégager sa position, mais les forces ennemies étaient trop nombreuses, et il dut se retirer derrière ses tranchées. Enfin le matin du 2 avril, la longue lutte fut terminée par une attaque violente des fédéraux, qui, brisant tout devant eux, emportèrent d’assaut les forts après une héroïque, résistance. Le fort Gregg, entre autres, occupé par 250 hommes, ne se rendit que lorsque ses défenseurs furent réduits à 30.

Les lignes confédérées étaient rompues, et les fédéraux entrèrent dans les faubourgs de Petersburg. Lee, dont le quartier-général était à 2 milles hors de la ville, crut d’abord qu’il pourrait maintenir jusqu’à la nuit ses positions intérieures et se replier alors sans bruit vers la Caroline ; mais, une colonne d’infanterie nordiste se dirigeant sur le quartier-général, il fut impossible de le tenir, et l’artillerie dut être enlevée pour ne pas tomber entre les mains des ennemis. Lee se retira lentement et rentra dans ses retranchemens sous Petersburg, où l’attendait une petite troupe encore pleine de courage et de confiance. Ces positions furent tenues jusqu’au soir, l’ennemi ne renouvelant pas l’attaque, La nuit vint, et Lee commença sa retraite. Il la surveilla lui-même, fit passer devant lui l’Oppomatox à ses troupes, tandis que, debout sur la rive, tenant