Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/539

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ces figures hâves. Les routes étaient jonchées de cadavres d’hommes et de chevaux, tombés morts de fatigue ou sous le feu incessant de l’ennemi. Les fossés, les chemins étaient remplis de fourgons brûlans auxquels les obus avaient mis le feu et qui obstruaient le passage. — Lee quitta Farmville le 7, et peu d’heures après refoula sur son passage un corps fédéral, lui tuant 600 hommes, tandis que Fitz Hugh Lee culbutait en même temps une troupe de 6,000 des cavaliers de Sheridan, faisant prisonnier le général Gregg, leur commandant. Ce même jour, le 7 avril, Lee reçut de Grant, qui venait d’occuper Farmville quelques heures après le départ des confédérés, la lettre suivante :

« Général, les événemens de cette dernière semaine doivent vous convaincre de l’inutilité, pour l’armée de Nord-Virginie, de continuer la résistance. J’en suis pour ma part convaincu, et je regarde comme mon devoir de me décharger de la responsabilité de toute nouvelle effusion de sang en vous demandant la reddition de la partie de l’armée confédérée connue sous le nom d’armée de Nord-Virginie. Très respectueusement votre obéissant serviteur. »xxxxxxxxxx« N.-S. Grant. »

Grant écrivait de Farmville, croyant que Lee n’avait plus une seule chance de lui échapper ; mais avant que la réponse suivante de Lee, écrite le même soir, eût pu lui parvenir, ce dernier, par une marche forcée de nuit, avait mis un grand intervalle entre les deux armées.

« 7 avril. — Général, j’ai reçu votre lettre d’aujourd’hui. Quoique n’étant pas entièrement de la même opinion que vous quant à l’inutilité pour l’armée de Nord-Virginie de prolonger la résistance, je partage votre désir d’éviter que le sang coule encore, et par conséquent, avant de prendre en considération vos ouvertures, je vous demande quelles sont les conditions que vous offririez dans le cas d’une capitulation. Très respectueusement votre obéissant serviteur. »xxxxxxxxxx« R.-E. Lee. »

Deux autres lettres furent encore échangées entre les généraux en chef pendant les deux jours suivans, mais sans amener de résultats, Lee marchant toujours pour atteindre Lynchburg, et Sheridan cherchant à lui intercepter le passage. Le 8 au soir, un dernier conseil de guerre fut tenu autour d’un feu de bivouac au milieu des bois ; la correspondance entre Lee et Grant y fut lue et discutée, et il fut décidé que, si le lendemain matin en avançant les confédérés ne trouvaient devant eux que le corps de Sheridan, ils tenteraient de le percer pour arriver à Lynchburg, mais que, si le gros de l’armée fédérale était massé sur leur passage, il faudrait renoncer à une lutte impossible et envoyer un parle-