Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/56

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endémique dans l’Archipel. Comment se flatter de la faire disparaître quand elle devenait, pour ainsi dire, le gagne-pain de toute une population famélique ?

L’affreux désordre qui régnait chez les Grecs aurait dû favoriser singulièrement les projets de répression du sultan Mahmoud ; mais la Turquie avait aussi ses embarras intérieurs. Les janissaires, qui mettaient tant d’ardeur à massacrer les chrétiens sur les rives du Bosphore et dans les rues de Smyrne, en montraient beaucoup moins quand on les pressait d’entrer en campagne. Quinze bataillons avaient reçu l’ordre de se disposer à marcher ; ce fut par un vaste incendie qu’ils répondirent. L’arsenal militaire de Tophana fut entièrement détruit, et cet accident contribua beaucoup à paralyser les préparatifs de la campagne. L’armée destinée à envahir la Morée ne devait pas cette fois pénétrer dans la péninsule par l’isthme de Corinthe. Les troupes de la Thessalie, composées en majeure partie de cavaliers, se borneraient à ravager la Grèce orientale ; la principale armée, formée des contingens des deux Albanies, se concentrerait sur les bords du golfe de Lépante, où la flotte ottomane irait la rejoindre. Le 20 juillet 1823, les Turcs, au rapport du capitaine de Rigny, n’avaient encore rien entrepris sur le Péloponèse, « soit que le capitan-pacha dans le golfe de Lépante, Yusuf-Pacha à Patras, Mustapha-Pacha et le corps de troupes qu’on assemblait à Larisse cherchassent à combiner leurs mouvemens, soit que ces lenteurs provinssent de difficultés locales, de l’indécision avide des Albanais ou de l’impossibilité d’un plan concerté. »

L’invasion de la Morée avait été le fait capital de la campagne de 1822. Je n’ai pas voulu distraire de cet événement important l’attention du lecteur en l’entretenant des opérations secondaires qui avaient lieu à la même époque dans la Grèce occidentale ; le moment est venu de combler cette lacune et de montrer dans quelle situation respective le nouveau plan de campagne adopté par le sultan Mahmoud allait trouver les insurgés de l’Acarnanie et les Albanais. Le jour même où Dramali-Pacha établissait son quartier-général à Corinthe le 16 juillet 1822, — un autre pacha non moins entreprenant, mais destiné à une meilleure fortune, Méhémet-Reschid, conduisait ses cavaliers à la charge contre une colonne qui s’était imprudemment avancée jusque sous les murs d’Arta. Les Grecs perdirent dans cette malheureuse affaire, à laquelle on donna le nom de bataille de Péta, 400 de leurs meilleurs soldats et les trois quarts de leurs officiers philhellènes. Le 6 novembre 1822, le nouveau pacha de Janina, Omer-Vrioni, rejoignit Méhimet-Reschid, et 10,000 Ottomans vinrent camper devant Missolonghi. — Cette place ne possédait alors que 600 défenseurs, un fossé de quelques