Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/615

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traditions anciennes est l’une des forces de la Suisse, car, étant d’autant plus démocratiques et égalitaires qu’elles remontent plus haut, ces traditions sont complètement en rapport avec les besoins de notre temps, qui veut fonder la démocratie. Elles ont sur les nouveautés essayées de nos jours ce grand avantage qu’elles durent depuis des milliers d’années, toujours maintenues et complétées par la volonté entièrement libre de ceux qui en apprécient les bienfaits, ce qui porte à croire qu’elles sont conformes au droit naturel, c’est-à-dire aux exigences de la nature humaine.

Le mode de jouissance de l’allmend par les usagers diffère plus ou moins de commune à commune ; il varie aussi suivant la nature des biens. Il n’est pas le même pour l’alpe, pour la forêt, pour la tourbière et pour les terres cultivées. Quand le centre habité de la marche s’est transformé de village en ville, il a été difficile de maintenir l’ancien mode de jouissance. Cependant à Berne on distribue encore du bois aux usagers. Dans la ville industrielle de Saint-Gall, chacun d’eux reçoit annuellement une demi-toise de bois et cent fagots ou une parcelle de terre labourable. La ville de Soleure distribue à ses usagers une très notable provision de bois de chauffage, qui varie de cinq toises à une demi-toise cube de hêtre et de sapin, d’après la classe des ayant-droit. Dans beaucoup de localités, les biens communaux sont loués, et le produit en est affecté à couvrir les dépenses publiques. Parfois il y a un surplus qui est réparti en argent ; mais presque toutes les communes qui ont des terres labourables les allotissent entre les usagers. Les détails du mode de jouissance varient à l’infini d’une commune à l’autre ; toutefois, suivant la remarque du pasteur Becker, on peut les classer en trois types qui sont assez exactement représentés par les trois cantons d’Uri, du Valais et de Glaris.

Uri est, comme semble l’indiquer la racine même de ce mot, Ur, le pays primitif par excellence. Il forme aujourd’hui encore une marche sans division en communes. Des villages se sont formés, Flüelen, Altdorf, Bürgleri, Erstfeld, Silenen, Amstäg, Waset, Andermatt ; mais, sauf le soin des pauvres, qui est mis en partie à leur charge, ces villages ne forment point de corporations politiques distinctes : ce ne sont pas de vraies communes ; l’habitant exerce ses droits d’usage dans la localité où il se transporte. L’usager de Silenen peut envoyer son bétail dans la vallée de Schächenthal, et l’usager de cette vallée peut envoyer le sien sur les alpes des Surènes. Sous ce rapport, il n’y a d’autre division que celle qui est tracée