Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/65

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le ministre de la marine en qualité d’attaché naval à l’ambassade de Constantinople, sont disposés à la plus vigoureuse résistance. Ils veulent se montrer dignes de leurs héroïques aïeux, et ont fait jurer à 200 Albanais désignés pour garder leurs femmes et leurs enfans enfermés dans un couvent de les massacrer tous en cas de défaite. » La population ipsariote proprement dite ne dépassait pas 7,000 âmes ; mais les réfugiés de Chio, d’Aïvali, de Smyrne, avaient en 1824 porté le chiffre des habitans à près de 30,000.

Située à la hauteur de l’île de Chio, dont la sépare un canal de 3 lieues de large, Ipsara n’est qu’un rocher dont la plus grande longueur n’excède pas 4 milles, et qui, sur presque tout son pourtour, présente des escarpemens inabordables, inaccessibles, tranchés à pic. Ce boulevard naturel sur lequel les Ipsariotes se reposaient en partie du soin de leur défense a cependant deux points vulnérables : au nord une anse peu profonde que borde et termine la plage de Kanalo, au sud la petite baie de Choralolimani comprise entre la pointe de Paleo-Castro et la pointe de Saint-George. Cette crique, exposée aux vents de sud-est, servait de port aux Ipsariotes. Entre la côte occidentale et l’îlot d’Anti-Psara, distant de 1 mille 1/2, s’étendait la rade extérieure : c’est là que cinquante bricks, en partie désarmés, se tenaient depuis près d’un mois à l’ancre. De construction toute récente, la ville avait été bâtie sur la presqu’île de Paleo-Castro. Un morne abrupt la dominait et portait à son sommet, sur la face qui surplombe la mer, le principal ouvrage d’ipsara, le fort de San-Nicolo, construit à la turque, armé de onze canons.

Le capitaine de Villeneuve-Bargemont commandait alors dans les mer du Levant la corvette l’Isis. Le 30 juin 1824, il fut rejoint dans les eaux d’Ipsara par la goélette l’Amaranthe, placée sous les ordres du lieutenant de vaisseau Bezard. Un officier, M. Bouchet, fut sur-le-champ envoyé à terre. Il trouva tous les Ipsariotes sous les armes. « Nous saurons, disaient-ils, prouver notre fidélité à la Grèce. Que le capitan-pacha débarque sur cette île autant de Turcs qu’il pourra ! nous voudrions qu’il nous en amenât 50,000. » Le 2 juillet, à la pointe du jour, la flotte ottomane, venant de Métélin, se dirigeait, à la faveur d’un léger vent de nord, vers la pointe nord-ouest d’Ipsara. Cette flotte, qui ne comptait pas alors moins de cent quatre-vingts voiles, formait une longue ligne dont la tête et la queue, placées sous la protection de quelques frégates, se composaient en majeure partie de bâtimens à rames. Le vaisseau du capitan-pacha s’était posté au centre. Dans l’après-midi, la brise fraîchit un peu et permit à l’armée turque de s’approcher de la baie du nord, que le capitan-pacha avait reconnue en personne quelques jours auparavant et qu’il avait choisie pour y opérer la descente.