Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/698

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imperceptibles pourraient bien n’être que les germes des organismes microscopiques dont les travaux de M. Pasteur ont démontré la présence dans l’atmosphère et le rôle dans les phénomènes de putréfaction et de fermentation. Les œufs de ces êtres, qui, parvenus à leur complet développement, sont à peine visibles au microscope, et dont le nombre, révélé par les témoignages les plus décisifs, déconcerte l’imagination la moins timide, — tels seraient les élémens de cet éther vital, comme nous l’avons nommé, de cette poussière qui donne à la coupole du ciel sa douce teinte d’azur. « Il existe, dit en résumé. M. Tyndall, dans l’atmosphère des parcelles matérielles qui échappent au microscope et à la balance, qui n’obscurcissent pas l’air, et s’y trouvent néanmoins en si grande multitude que l’hyperbole israélite du nombre des grains de sable de la mer devient insignifiante en comparaison. » Et pour donner une idée de la petitesse de ces parcelles, M. Tyndall ajoute qu’en les condensant on pourrait les faire tenir toutes dans une valise de dame. Évidemment ces particules échappent à toute sorte d’observation et de mensuration directes. On n’en peut pas plus démontrer la réalité objective qu’on ne peut rendre manifeste celle des particules d’éther. Voici cependant des faits qui permettent de la concevoir nettement. Dissolvons 1 gramme de résine dans une centaine de grammes d’alcool, puis versons la dissolution limpide dans un grand flacon plein d’eau claire que nous agiterons vivement. La résine est précipitée sous forme d’une invisible et impalpable poussière qui ne trouble pas sensiblement le liquide. Si l’on vient ensuite à placer une surface noire derrière le flacon, et à faire arriver de la lumière soit par en haut, soit par devant, le liquide paraît bleu de ciel. Cependant, lorsqu’on examine avec les plus puissans microscopes ce mélange d’eau et d’alcool rempli de poussière résineuse, on n’aperçoit rien. La dimension des grains de cette poussière est de beaucoup inférieure à un dix-millième de millimètre. M. Morren a fait une autre expérience qui atteste d’une façon plus saisissante encore l’extrême divisibilité de la matière. Le soufre et l’oxygène forment une combinaison intime que les chimistes appellent le gaz acide sulfureux. C’est ce gaz incolore et suffocant qui se dégage quand on brûle une allumette soufrée. M. Morren enferme une certaine quantité de ce gaz dans un récipient, place le tout dans un milieu obscur, et fait passer au travers un rayon de lumière vive. Tout d’abord on ne voit rien. Bientôt cependant, sur le passage du rayon lumineux, on observe une belle couleur bleue. C’est que le gaz est décomposé par les ondes lumineuses et que des parcelles invisibles de soufre sont mises en liberté, lesquelles à leur tour décomposent la lumière. La vapeur bleuit de plus en plus,