Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/721

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encore bien des nuages, bien des dissonances intimes éclatant à l’improviste dans des incidens qui se succédaient. Le péril d’une crise immédiate semblait du moins écarté, d’autant plus qu’on se trouvait en présence d’une libération prochaine, anticipée, du territoire, obtenue par le traité du 15 mars dernier, et en définitive, lorsque l’assemblée, aux premiers jours d’avril, entrait en vacances pour quelques semaines, on se quittait assez pacifiquement en se donnant rendez-vous sur le terrain des lois qui ne pouvaient être après tout que l’organisation de la république. Il y avait beaucoup de chances pour qu’un accord pût s’établir.

La paix était au moins dans les apparences, et les apparences en se prolongeant finissent quelquefois par devenir la réalité. Comment donc la guerre est-elle sortie de nouveau et tout à coup de cette situation ? Comment ceux qui avaient quitté Versailles à demi tranquillisés sont-ils revenus avec la résolution d’engager sur-le-champ, sans perdre un instant, la lutte décisive ? Ah ! c’est ici que les choses se précipitent et que survient d’abord la grande victoire du radicalisme dans les élections partielles du 27 avril et du 11 mai. Les radicaux ont voulu profiter de l’occasion pour attester leur puissance numérique dans quelques-unes des principales villes de France, et ils ont cru fort habile de propager une équivoque dangereuse pour le gouvernement en prétendant qu’ils ne voulaient que donner de la force à M. Thiers contre les réactionnaires, contre les monarchistes, contre l’assemblée de Versailles, afin d’arriver plus vite à la dissolution et à la république définitive ! On a même imaginé cet euphémisme ingénieux, qu’on grossissait un peu la voix pour se faire mieux entendre à Versailles et à la présidence. On a fait nommer M. Barodet à Paris, M. Ranc à Lyon, M. Lockroy à Marseille. Le triomphe a été complet, — il a eu pour lendemain la dernière crise ! On l’avait assez dit aux radicaux, les républicains les plus éprouvés avaient eux-mêmes signalé l’écueil contre lequel on allait se jeter, ils avaient montré le danger des candidatures radicales. C’était bien facile à prévoir. Les élections du 27 avril et du 11 mai ont eu une double conséquence : elles ont porté d’abord un coup direct et décisif au gouvernement, atteint surtout à Paris par l’échec de l’homme éminent qui était alors ministre des affaires étrangères. C’était un affaiblissement évident pour M. Thiers, pour la république conservatrice, dont il avait à défendre la cause devant l’assemblée. Qu’on se représente un instant la différence de situation, si M. Thiers avait pu arriver à l’assemblée de Versailles avec l’élection de M. de Rémusat accomplie à Paris ! En même temps ces malheureux scrutins avaient un autre résultat qui n’était pas moins aisé à pressentir : ils imprimaient une commotion à tous les instincts conservateurs, ils alarmaient les intérêts, et nécessairement ils donnaient des raisons nouvelles, des prétextes si l’on veut, dans tous les cas des armes très sérieuses aux partis de l’assemblée, dont ils justifiaient les prévisions et les craintes, de sorte que ces