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l’amiral le 9 janvier 1826, quelque répit à cette place. Les Grecs vivent là-dessus pour le moment. » Nous les avons connues » nous aussi, ces illusions, — nos murs menteurs en ont gardé la trace, — nous ne savons que trop ce qu’il faut penser de toutes les rumeurs dont un peuple affolé nourrit son désespoir. Les divisions des Turcs et des Égyptiens, en supposant même qu’elles existassent, étaient assurément bien loin d’égaler celles qui paralysaient en cet instant critique la défense de la Grèce. L’anarchie la plus complète régnait à Hydra et à Spezzia. La population tout entière de ces îles, uniquement composée de matelots, d’armateurs et de capitaines, ne rêvait plus que courses, captures de navires et pillages. La déclaration de neutralité renouvelée, il y avait quelques mois à peine, par le gouvernement britannique investissait la marine grecque de tous les droits reconnus par les lois internationales aux belligérans. La crédule ignorance d’un peuple de corsaires, son avidité, la nécessité enfin, le précipitaient chaque jour plus avant dans une voie au bout de laquelle devait se trouver immanquablement la piraterie. Pendant ce temps, la lente et lourde flotte des Turcs opérait tranquille ment dans le golfe de Patras. Méhémet-Ali avait exigé de la Porte la promesse d’envoyer à Missolonghi un de ses grands-officiers pour y veiller à ce que le capitan-pacha ne quittât point ces parages avant que la place fût prise. Husny-Bey s’était rendu à cet effet au camp de Reschid, investi des pleins pouvoirs de tchaous-bachi, et pour la première fois on voyait des Turcs entreprendre une campagne d’hiver.

Habitués à se rassembler dans les premiers jours du mois de mai pour se disperser à l’époque des semailles, les soldats timariotes avaient dès le mois de novembre abandonné le camp du séraskier ; les troupes régulières étaient seules restées sous ses drapeaux. Aguerries par les privations et les épreuves d’une première campagne, dévouées à un chef dont elles appréciaient la bravoure et craignaient la sévérité, ces troupes ne devaient se montrer sous aucun rapport inférieures à l’infanterie arabe. Tout le mois de décembre avait été employé par Ibrahim à former des magasins, à remplir son camp de munitions. Les pluies rendaient alors le travail des tranchées impossible. Des murs de la ville aux rives du Fidaris, la campagne submergée ne présentait qu’un immense marais. Lorsque les vents du nord commencèrent à sécher la plaine, le gouvernement grec comprit que la trêve forcée à laquelle il avait dû quelques instans de repos était sur le point de finir. Il réussit à équiper vingt navires hydriotes et quatre navires ipsariotes. Le 21 janvier 1826, ces bâtimens, renforcés par trois bricks spezziotes qui étaient restés dans les eaux de Missolonghi, obligèrent les