Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/758

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10 avril 1826 cependant Miaulis, avec trente-huit voiles carrées et quelques mistiks, parut à l’entrée du golfe de Patras ; il se trouva arrêté par le calme sous Céphalonie. Le 13 avril, les Turcs et les Égyptiens, au nombre de soixante voiles, profitèrent, pour appareiller, de la brise qui venait de s’élever du large. La bordée qu’ils suivaient les portait vers l’île de Zante. Leur flotte laissait ainsi le chemin, de Missolonghi ouvert.

Avec son habileté ordinaire, Miaulis saisit sur-le-champ l’occasion. Les dernières lueurs du jour n’avaient pas encore disparu qu’il était devant la place assiégée. Les Grecs pouvaient croire que, fidèles à leurs habitudes, les Turcs n’oseraient pas s’exposer à un combat de nuit ; mais la manœuvre de la flotte ottomane n’était qu’une feinte, nous apprend un rapport émané du vaisseau même du capitan-pacha, car cette fois ce sera le témoignage des Turcs que j’invoquerai ; en toute affaire, il est bon d’entendre les deux parties. « Nous poursuivîmes les Grecs, ajoute ce rapport, et dans la nuit même nous nous trouvâmes au milieu de leur flotte. Avec nos boulets, nous la dispersâmes. Le 12, ils revinrent avec trente et un bâtimens. Notre petite flottille donna la première. Quelque temps après, nous arrivâmes avec les frégates. Après un combat acharné de sept heures, nous leur prîmes deux brûlots, un autre se consuma sans nous atteindre. Si le vent n’était point tombé, les Grecs étaient tous perdus. Le lendemain, nous n’avons pu en compter que vingt-deux qui faisaient route vers Calamos. Depuis ils n’ont pas reparu. »

Un officier anglais d’un grade élevé qui avait assisté au siège de Missolonghi résumait ainsi ses impressions. « Je ne sais, disait-il à l’amiral de Rigny, ce qu’il faut le plus admirer de l’ardeur des assaillans ou du courage des assiégés. » Ce jugement impartial sera le jugement de l’histoire. Jusqu’au moment où la flotte grecque en se retirant eût décidé du sort de la place qu’elle n’avait pu secourir, les pertes des Grecs et celles des Ottomans étaient demeurées fort inégales. La garnison de Missolonghi n’avait perdu que 150 hommes, 2,000 Turcs gisaient dans le lac et sous les remparts de la ville. La faim n’en poursuivait pas moins son œuvre. La population, qui se composait encore de près de 9,000 âmes, était aux abois. « Elle avait mangé les chiens, les chats, les rats. » Elle n’avait plus que le choix entre ces trois partis : mourir d’inanition, capituler ou se frayer un chemin à travers les lignes ottomanes. Ce fut à cette dernière résolution que les Grecs et les Souliotes s’arrêtèrent. « On sait, nous dit un des drogmans de la Porte qui se trouvait à bord du capitan-pacha, l’Arménien Constantin, on sait que les Souliotes ne se rendent jamais. »