Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/767

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


aucune occasion d’en affirmer l’usage, ne se souciaient nullement d’engager un combat en règle avec les bâtimens du roi. Cette répugnance s’expliquait trop naturellement pour qu’il y eût besoin de l’attribuer à un défaut de courage ; si bandits qu’ils pussent être, les bandits de l’Archipel étaient du moins des bandits audacieux, le dirai plus, il est peu de parages, peu d’époques qui aient vu des corsaires plus entreprenans et des malfaiteurs plus subtils. Quand la traite florissait sur la côte d’Afrique, les négriers français et espagnols ont joué plus « d’un bon tour » aux croiseurs anglais. La façon dont s’y prit un corsaire hydriote pour échapper aux étreintes d’une de nos frégates eût fait honneur au plus adroit d’entre eux. Le 27 mai 1826, la Galatée se trouvait au point du jour sous l’île de Tine. En ce moment donnait dans le canal un brick dont l’extérieur parut répondre au signalement d’un navire d’Hydra dénoncé depuis longtemps au commandant de la station comme suspect. La Galatée ne se dérangea cependant pas de sa route et ne changea rien à sa voilure ; elle était alors sous ses trois huniers et sa misaine. Le corsaire courait à contre-bord et devait passer sous le vent de la frégate. Quand il fut à peu près par son travers, le commandant Maillard laissa brusquement arriver, fit mettre le brick en panne et l’envoya visiter. Le hasard l’avait bien servi, il venait d’arrêter le fameux Trasybule, le plus redouté et le moins scrupuleux des corsaires d’Hydra. On s, occupa sur-le-champ de l’amariner. Le capitaine, un officier, cinquante hommes descendus dans les embarcations de la frégate, étaient à mi-chemin de la Galatée quand le vent tomba subitement ; de folles brises masquèrent les voiles de la frégate, qui vira involontairement de bord. Le brick se trouvait au contraire en dehors de la zone envahie par le calme ; tout à coup, on le vit qui filait avec une fraîche brise sur Syra. Avant que la frégate eût pu changer de cap, recueillir et hisser ses embarcations, le Grec était déjà loin. La goélette l’Amaranthe croisait entre Tine et Syra. Les signaux de la frégate l’avertirent ; elle accourut, se plaça sur la route du brick, mais les Grecs firent ranger le long de leurs bastingages un aspirant et cinq matelots de la Galatée qu’ils avaient pu retenir prisonniers. Le capitaine Bruix dut imposer silence à son indignation et à son artillerie. La frégate pendant ce temps s’était couverte de toile. Lorsqu’elle vint jeter l’ancre dans le port de Syra, il y avait un quart d’heure à peine que le brick y était mouillé ; le Trasybule avait mis ce court intervalle à profit. Se glissant avec une souplesse merveilleuse entre les navires qui remplissaient la rade, il s’était fait un rempart de pavillons neutres. De tous côtés lui arrivaient des secours. Plus de 2,000 hommes en armes s’agitaient sur la plage, menaçant