Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/789

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


simple, économique et très utile, est d’invention récente. Il n’y a pas douze ans que ce travail était confié à des ouvriers, qui, pieds nus et jambes découvertes, piétinaient les terres humides par un mouvement de talon incessamment répété : opération très lente qui pour chaque « airée de pâte » exigeait seize ou dix-huit heures d’une gymnastique en place, horriblement fatigante, pénible à voir, et qui rendait l’homme promptement impotent, car elle déterminait aux membres inférieurs des chapelets de varices dont on ne guérissait jamais.

La pâte est ensuite divisée en pavés carrés qui sont remis aux mouleurs. Ceux-ci sont chargés de confectionner la cornue. L’argile est étendue sur la face interne de moules en bois composés de plusieurs pièces que l’on superpose facilement jusqu’à hauteur réglementaire. C’est à coups de marteau qu’on l’applique, car on ne saurait prendre trop de soins pour donner à la terre une cohésion parfaite et une épaisseur aussi égale que possible. Une simple feuille de papier mouillée suffit à éviter toute adhérence entre le moule et la matière plastique. Lorsque la cornue sort de là elle est grise, luisante et d’un poids considérable. On lui fait alors au sommet une série de rainures assez profondes en forme de T retourné destinées à fixer plus tard les boulons de l’armature de fer qui en fera réellement des vases clos. Terminées, les cornues ressemblent à de petites tourelles couronnées de créneaux. On les place dans un courant d’air pour qu’elles perdent l’humidité qu’elles contiennent encore ; puis, lorsqu’on les croit suffisamment sèches, on les fait cuire. C’est une grosse opération qui exige dix-huit journées de vingt-quatre heures. On les porte dans le four immense ; on les dispose de telle sorte que la chaleur puisse circuler autour et en pénétrer toutes les faces ; puis on mure l’ouverture à l’aide de briques réfractaires, et on allume le feu. Il ne faut pas « saisir » l’argile encore humide, qui se briserait en se rétractant sous un souffle trop chaud ; on procède donc avec une prudente lenteur. Pendant six jours, on entretient un feu moyen ; puis on active le foyer, et pendant six autres jours le fourneau dégage la température du rouge-cerise. Les six derniers jours sont employés à ralentir progressivement la chauffe pour éviter qu’un refroidissement trop prompt n’amène des accidens. Grâce à ces précautions, les cornues ne sont jamais brisées ; le les ai vues sortir du four encore tiède, jaunes comme de la paille, sonores sous le doigt, cuites à point et aptes à supporter sans faiblesse les feux qui les attendent dans les ateliers de distillation.

Ces ateliers sont une immense halle rouge et noire, feu et charbon, — énormes fourneaux en briques réfractaires d’où s’élancent des tuyaux de fonte ; on n’y entend que le ronflement des flammes