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enrhumés assiégeaient l’usine à gaz. Lorsque le peroxyde de fer est devenu tellement infect qu’on ne peut plus l’utiliser, on le livre à l’industrie, qui en fait du bleu de Prusse.

Le gaz est à point, les goudrons, les eaux ammoniacales l’ont abandonné ; il est pur et prêt à nous éclairer. On en a fait l’essai : sous une cloche de verre qu’il remplit, on a suspendu une fiche de papier trempée dans une solution d’acétate de plomb concentrée ; le papier n’a pas bruni, donc l’épuration est complète. On en a mesuré le pouvoir éclairant ; 100 mètres de gaz et 10 grammes d’huile fine de colza ont produit une lumière absolument semblable et ont été consommés dans le même laps de temps. Le gaz hydrogène carboné répond donc à toutes les conditions requises, il est conforme aux stipulations du cahier des charges imposées par la préfecture de la Seine et acceptées par la compagnie ; il n’y a plus qu’à l’emmagasiner pour pouvoir le livrer régulièrement à la consommation publique. Franchissant une assez longue distance par des conduites enfouies sous terre, il pénètre dans les réservoirs qu’on a imaginés et construits spécialement pour lui. Qui ne connaît les gazomètres ? Qui n’a vu ces énormes cloches en fer boulonné baignant par la partie inférieure dans une citerne en maçonnerie, armées de bras articulés qui leur permettent de s’élever ou de s’abaisser selon que le gaz qu’elles contiennent est plus ou moins abondant ? Il y en a quatorze à l’usine de La Villette, dont l’un, de dimensions colossales, peut recevoir 30,000 mètres cubes ; le gaz y arrive d’un côté et s’en échappe de l’autre pour prendre route vers les larges tuyaux en fonte qui le distribuent dans Paris tout entier.


III

Placée contre les fortifications, l’usine a couru quelques dangers pendant la guerre. Dès le mois d’août, le gouverneur de Paris se préoccupait des dégâts qu’une explosion de gazomètre pourrait produire dans le mur d’enceinte. On rassura le général Trochu, qui s’était trop hâté de s’effrayer, et les ingénieurs spéciaux vécurent dans une sécurité que les faits n’eurent pas à démentir. A l’usine d’Ivry, un obus traversa un des récipiens, le gaz s’enflamma, brûla extérieurement en une forte gerbe de feu pendant huit minutes, et s’éteignit de lui-même faute d’aliment. A La Villette, un obus tomba et éclata dans un des gazomètres ; le revêtement de tôle fut perforé, le gaz profita des ouvertures pour s’en aller, et il n’en fut que cela. Lorsqu’aux dernières heures de la bataille des sept jours la France réussit enfin à reconquérir Paris, l’usine, placée entre deux batteries hostiles, ne fut point épargnée ; en une heure, le 27 mai 1871, il n’y