Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/891

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reconnaît la patte de ce maître qu’aux cassures des vêtemens. Peut-être aussi la facture en est-elle un peu lâchée. Rappelons-nous d’ailleurs que nous n’avons là sous les yeux que la traduction en marbre et nécessairement très affaiblie de l’œuvre originale de M. Carpeaux. Le bronze et la terre cuite peuvent seuls rendre fidèlement l’effet de cette sculpture pittoresque, capricieuse et mouvementée, dont le mérite est dans le détail encore plus que dans l’ensemble et dans la touche encore plus que dans la forme.

C’est ce qu’a fort bien compris M. Carolus Duran, un peintre qui a voulu gagner cette année son brevet de sculpteur, et qui l’a obtenu sans peine. Nos peintres et nos sculpteurs, on l’a remarqué peut-être, aiment assez à changer de rôle. C’est une prouesse où les peintres réussissent généralement et qui leur est, il faut le dire, beaucoup plus facile qu’aux sculpteurs. La sculpture est la réalité même, et la peinture au fond n’est qu’un trompe-l’œil. Un peintre qui sait son métier connaît assez bien la forme pour la modeler avec de la terre, au lieu de la figurer avec des lumières et des ombres ; un sculpteur au contraire peut être fort expert dans son art sans connaître les procédés qui font l’illusion de la peinture. Aussi M. Carolus Duran n’a-t-il rien prouvé dont on pût le croire incapable en exposant un très beau buste de femme, largement établi, finement dessiné, solidement construit, qui offre dans les accessoires, dans les cheveux, dans le modelé lui-même, une analogie peut-être trop grande avec le genre chiffonné de M. Carpeaux. M. Duran s’est approprié très habilement le coup de pouce de ce maître ; mais, qu’il nous permette de le lui dire, ces fioritures ne conviennent pas à son talent viril ; elles semblent plaquées sur cette tête sculpturale, dont la ferme structure ressortirait bien mieux, si l’exécution en était plus simple.

Si l’on peut opposer la manière de MM. Carpeaux et Carolus Duran à celle de M. Cavelier, celle de M. Carrier-Belleuse est aux antipodes de M. Guillaume. M. Carrier-Belleuse est le maître incontesté du genre faux et de l’élégance prétentieuse et frelatée. Dans son buste en marbre de Mme D…, le mauvais goût moderne et la désinvolture mondaine se mêlent étrangement à certains arrangemens d’un goût païen et classique. Cette malheureuse dame, prise de la ceinture dans un long piédestal carré, comme celui d’un dieu terme, ressemble à une borne revêtue d’un manteau et surmontée d’une tête. Ses épaules hautes, son buste manchot prétentieusement entortillé d’une draperie qu’elle n’a pas attachée de ses mains, continuent la forme cubique du socle sur lequel ils reposent. La tête est droite, elle jette de côté un regard perçant ; la bouche serrée ébauche un vague sourire. Ce n’est pas le talent qui