Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/901

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exécution de Châteaudun. Une division de cavalerie battait le pays entre la ligne d’Orléans et la ligne de Bretagne. Une autre division de cavalerie se répandait vers Dreux, Évreux, Vernon. Au nord, des détachemens de l’armée de la Meuse s’avançaient d’une part vers Creil, Senlis, Compiègne, et d’un autre côté vers la Normandie, jusqu’à Gisors ; Tous ces groupes un peu épars, mais combinant leurs opérations, devaient selon les circonstances rallier les lignes de blocus. Le reste des forces allemandes constituait la véritable armée d’investissement. C’étaient tous ces corps placés dès les premiers jours dans des positions qu’ils n’ont plus quittées, où nos forces devaient les rencontrer sans cesse jusqu’à la dernière heure : le Ve corps tenant les hauteurs de Bougival et de la Malmaison à Sèvres, ayant ses avant-postes à la Seine, à Saint-Cloud, à Montre-tout, — le XIe corps, placé à Sèvres et allant donner la main au IIe corps bavarois, qui, relié lui-même au VIe corps prussien, faisait face à nos lignes du sud de Meudon à Choisy-le-Roi, — la division wurtembergeoise s’avançant sur la Marne jusqu’à Champigny, la garde et le IVe corps s’étendant de Bondy à la Seine, occupant Le Bourget, Stains, Orgemont, Enghien, Montmorency, les hauteurs de Sannois.

A peine tous ces corps étaient-ils à leur poste qu’ils mettaient déjà la main à l’œuvre, élevant de toutes parts des blockhaus, des ouvrages en terre, des batteries, des tranchées-abris, crénelant les murs des maisons et des parcs, multipliant les abatis, développant enfin ces travaux qui avant le siège devaient atteindre le plus haut degré de perfection, qui à eux seuls formaient bientôt autour de Paris comme une barrière continue et infranchissable. Il aurait fallu attaquer aussitôt l’ennemi dans ses positions, le troubler dans ces travaux par lesquels il opposait en quelque sorte citadelle à citadelle, empêcher à tout prix cet établissement permanent, rompre incessamment ce cercle de fer par des sorties de tous les jours et de toutes les heures ; il aurait fallu tout cela, rien n’est plus clair. Malheureusement, qu’on me passe le mot, on était ici à deux de jeu dans une situation à la vérité bien inégale pour les deux adversaires. On ne pouvait pas se jeter ainsi à corps perdu sur les lignes prussiennes, on venait d’éprouver à Châtillon le peu de solidité des troupes de campagne qu’on avait ; il fallait au moins quelques semaines pour donner un certain équilibre à cette défense improvisée d’heure en heure depuis un mois, pour se mettre soi-même en garde contre toute surprise, pour se préparer enfin à une action sérieuse, et en ces quelques semaines les travaux de l’ennemi étaient assez avancés déjà pour qu’il fût infiniment plus difficile de les aborder. C’était un peu la contre-partie de ce qui arrivait à