Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/909

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masse de garde nationale dont on allait disposer, coordonner, augmenter encore le puissant matériel qu’on avait sous la main, et tout cela, il fallait le faire sans cesser de tenir tête à l’ennemi sur le périmètre de Paris. De là les premières dispositions auxquelles s’arrêtait le général Trochu après l’émotion de Châtillon. — Le 13e corps, moins la division d’Exea, qui restait du côté de Vincennes, était aussitôt ramené à l’extérieur sous les ordres du général Vinoy et occupait tout le front sud, appuyé aux forts d’Issy, de Vanves, de Montrouge, de Bicêtre, d’Ivry. Le général Ducrot allait s’établir à Neuilly, étendant ses lignes de Billancourt à Saint-Ouen, ayant ses avant-postes à Puteaux, à Suresnes, à Courbevoie, à Asnières. Un petit corps placé à Saint-Denis sous le général de Bellemare, et les troupes de soutien groupées autour des trois forts de l’est, occupés par la marine sous le contre-amiral Saisset, tenaient le nord. La pensée du général Trochu était d’aguerrir les jeunes troupes par un contact incessant avec l’ennemi, et d’étendre le rayon de la défense, de regagner du terrain autant que possible.

Un des résultats les plus fâcheux et les moins nécessaires de la journée du 19 septembre avait été surtout l’abandon du plateau de Villejuif, flanqué des deux ouvrages des Hautes-Bruyères et du Moulin-Saquet. C’était une position des plus importantes, faisant face aux villages de Thiais, de Chevilly, de L’Hay, dominant la route de Choisy-le-Roi à Versailles et d’où la vue s’étend sur toute cette région, jusqu’à la tour de Monthléry, qui apparaît à l’horizon. Si les Prussiens, déjà maîtres de Châtillon, restaient en possession de Villejuif, fût-ce au risque de braver le feu de Bicêtre, ils menaçaient une autre partie de Paris, ils tenaient le cours de la Bièvre jusqu’à Arcueil, ils n’avaient plus rien à craindre pour leur communication directe avec Versailles. On sentait le danger, et dès le 22 septembre au soir la division de Maudhuy était chargée de reprendre le lendemain le plateau abandonné le 19. Heureusement les Prussiens n’avaient pas eu le temps de s’établir, et nos troupes, s’élançant à trois heures du matin le 23, enlevaient presque sans combat le village et le Moulin-Saquet. Aux Hautes-Bruyères, l’affaire était un peu plus chaude ; on rencontrait quelque résistance, et même après avoir pris la redoute on avait à repousser plusieurs tentatives de l’ennemi. Notre artillerie, placée entre les Hautes-Bruyères et Villejuif, soutenait pendant toute la matinée un brillant combat et restait en définitive maîtresse du terrain. Le succès n’avait rien que de modeste, il avait peu coûté parce qu’il y avait peu de monde engagé ; tel qu’il était cependant, il éloignait l’ennemi de Paris, il nous rendait une position qui est restée une des forces