Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/961

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l’espérait peut-être. Ce n’est nullement un signe d’indifférence publique ou de sagesse universelle, c’est bien plutôt le signe d’une confiance instinctive dans une certaine force des choses faite pour s’imposer bon gré mal gré à tout le monde, pour contenir les impatiens, les violens, les poursuivans de solutions absolues, dans les limites de ce qui est possible.

Voilà donc ce nouveau gouvernement installé et occupé depuis trois semaines à se reconnaître, à s’orienter, à s’accréditer, à se compléter. L’assemblée a nommé le président, le président a nommé son ministère, et le ministère à son tour s’est mis à l’œuvre. Il a fait, lui aussi, ses changemens et ses choix dans la hiérarchie politique et administrative. Il a nommé des préfets et des sous-préfets, quelques procureurs-généraux. Il a reconstitué le gouvernement de l’Algérie pour le confier au général Chanzy. Il a fait d’autres choses encore, par exemple des circulaires, des circulaires de toute sorte, publiques ou confidentielles, et ce n’est vraiment pas dans ces morceaux de politique ou d’éloquence qu’il réussit le mieux jusqu’ici. Il a supprimé un journal radical à Paris. En un mot, il est entré en matière par des actes dont quelques-uns pouvaient être faciles à prévoir, ou par des modifications de personnel qui résultaient nécessairement de la circonstance. Il fallait bien nommer un préfet de la Seine à la place de M. Calmon, dont la démission était naturelle le jour où M. Thiers quittait le pouvoir, et on a nommé M. Ferdinand Duval, qui était à Bordeaux. Il fallait bien nommer un préfet à Lyon, où il n’y en avait pas, et on a envoyé M. Ducros, qui depuis deux ans a fait ses preuves d’énergie à Saint-Étienne, après avoir déployé son activité comme ingénieur pendant le siège de Paris. Il y a des fonctionnaires dont la révocation a pu être assez inattendue, il y en a d’autres dont la nomination a pu être tout aussi imprévue. Au fond cependant, pour rester dans la vérité des choses, on ne peut pas dire que le ministère ait été dévoré d’une ardeur de changement, qu’il ait laissé voir l’intention de faire une révolution de personnel, et qu’il ait multiplié les choix en dehors des cadres administratifs. S’il y a quelques nouveau-venus, beaucoup d’autres sont anciens, les uns exerçant leurs fonctions depuis longtemps, les autres tenant leur emploi de M. Thiers, et le même système a été suivi avec plus de circonspection encore dans tout ce qui touche à la représentation extérieure de la France. Ici peu de changemens, nulle destitution jusqu’à présent. M. le baron Baude va tout naturellement reprendre à Bruxelles un poste qu’il a déjà occupé avec distinction, et que la retraite volontaire de M. Ernest Picard rend ; vacant. M. Jules Ferry sera sans doute remplacé à Athènes. On ne semble point avoir encore accepté la démission de M. Lanfrey, qui s’est fait estimer à Berne, qui a pu se démettre par délicatesse, qu’on voudra probablement retenir par sympathie pour son talent et pour ses services.

Que le gouvernement du reste, dans la diplomatie comme dans l’ad-