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Ladreit de La Charrière. Seulement on n’avait peut-être pas assez mûri et préparé cette attaque. Précisément parce que Montmesly avait une sérieuse importance en nous permettant de dominer les communications de l’ennemi par Choisy-le-Roi, il était bien clair que les Prussiens ne nous laisseraient pas maîtres de la position sans tenter un violent effort pour la reprendre, et c’est ce qui ne manquait pas d’arriver. La division Susbielle aurait pu, il est vrai, trouver un secours efficace dans les batteries de Saint-Maur, qui pouvaient gêner singulièrement le retour offensif des Prussiens. Le général Favé, commandant à Saint-Maur, paraissait peu préoccupé de Montmesly. Un autre secours aurait pu venir à la division Susbielle d’une diversion des forces du général Vinoy au sud ; mais le général Vinoy était sans instructions, ses troupes étaient fatiguées du combat de la veille. Vers une heure de l’après-midi néanmoins, distinguant un certain ébranlement dans la division Susbielle, à demi rejetée de ses positions, voyant les Prussiens essayer de se glisser entre Choisy-le-Roi et Montmesly pour tourner cette division et peut-être l’enlever, il se décidait à faire une démonstration pour arrêter l’ennemi. Il organisait deux colonnes d’attaque, l’une sur Thiais, l’autre sur Choisy-le-Roi, dont on atteignait les premières maisons en dépassant la Gare-aux-Bœufs. C’était vivement conduit, mais l’attaque s’arrêtait dès que la division Susbielle, déjà en pleine retraite, semblait être en sûreté, de sorte que de ce côté tout avait fini de bonne heure sans trop de dommage, il est vrai, mais aussi sans un résultat sensible dans l’ensemble des opérations.

Que restait-il donc de cette journée laborieuse et sanglante du 30 novembre, dont les affaires de Montmesly et de Saint-Denis n’étaient que des épisodes, dont l’intérêt essentiel restait concentré autour de Villiers et de Champigny ? Ce n’était pas une victoire complète et décisive sans doute, c’était bien moins encore un insuccès, puisqu’on campait le soir sur des positions occupées le matin par l’ennemi. Si cette journée, où tant de courage avait été prodigué pour ainsi dire en détail, où tant de sang avait coulé, n’avait pas tenu tout ce qu’on s’en promettait, c’était la suite d’un certain nombre de contre-temps qui n’avaient assurément rien d’inévitable.

On avait parlé beaucoup trop tôt de quitter les hauteurs de Champigny et de Cœuilly, lorsque rien ne motivait la retraite, lorsque l’ennemi lui-même se montrait étonné d’un mouvement rétrograde auquel il ne se sentait pas en mesure de nous contraindre. Le commandement supérieur au 3e corps avait été visiblement hésitant. Il n’avait rien tenté sur Noisy-le-Grand, et, si magnifique d’héroïsme que fût la charge des zouaves à quatre heures, elle venait trop tard. Si elle avait eu lieu le matin, si elle avait concouru aux