Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/694

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Descendez un échelon, arrivez à la classe moyenne avec ses divers degrés : vous y constatez relativement au passé l’accroissement d’un luxe trop souvent de mauvais aloi. Certes, dans cette classe, un progrès de ce genre n’est pas un fait nouveau. Labruyère et d’autres écrivains des deux derniers siècles l’ont signalé avec insistance. La vanité bourgeoise ne date pas d’hier ; elle s’est encore accrue. Elle suit du mieux qu’elle peut la classe plus élevée, et n’a jamais eu tant recours à toutes les imitations qui donnent le mensonge des réalités, — imitations d’or, de bijoux, de parures de tout genre, d’objets d’art de toute nature et de toute matière, simili-bronze, simili-marbre, etc. Des apparences à l’infini composent ce luxe superficiel, hâtif, d’un goût douteux. A cette classe nous attribuons une partie de ces scandales nés de l’ambition de paraître, sans cesser de constater que nulle part le travail et l’économie ne sont plus complètement et plus dignement représentés.

Franchissons encore un degré, parvenons jusqu’aux classes inférieures. Là non plus nous ne prétendons nier la part du bien, l’esprit de secours mutuel, de réelles vertus surtout chez les ménagères, cet héroïsme caché de dévoûment, dont chaque année les rapports sur les prix Montyon ne nous révèlent qu’une bien petite partie ; mais nulle illusion à se faire : c’est là surtout que le mal sévit. Qu’on ne se récrie pas : le luxe n’est pas seulement dans l’éclat de la richesse. Les goûts dont il se compose se manifestent par toutes les consommations superflues et dangereuses, par toutes celles qui absorbent une partie des ressources nécessaires à faire vivre la famille. Où l’intempérance a-t-elle jamais présenté un plus effrayant budget ? Les sommes qui s’engloutissent dans les spiritueux vont croissant avec un vice qui gagne de jour en jour et qui envahit jusqu’aux femmes dans plusieurs de nos départemens, à tel point que de ce côté, si le mal ne s’arrête pas, nous n’aurons bientôt plus rien à envier à l’intempérance britannique, laquelle dépense par année près d’un milliard et demi. On a cent fois signalé l’habitude du lundi si enracinée, qui entraîne la perte de plus d’un jour par semaine, et se résout aussi en une considérable diminution du capital et des salaires. En fait de consommation de vin, de comestibles recherchés, les ouvriers des grandes villes ont fait depuis vingt ans de véritables folies. Ce n’est pas la masse, dit-on : soit ; mais la fréquence du fait n’est pas moins certaine. Au budget des liqueurs ajoutez la dépense du tabac. Les deux formes du luxe, sensualité et vanité coûteuse, sont représentées là dans des proportions qui dépassent toute mesure. Le goût des jouissances s’y remarque sous plusieurs aspects qu’on peut dire nouveaux. Les cafés-concerts sont devenus un besoin pour un grand nombre d’ouvriers