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cause d’emprunts, les apanages assignés aux branches cadettes et les dots territoriales données aux filles, car, malgré le principe de l’inaliénabilité juré par les rois à leur sacre et toujours opiniâtrément défendu par les états-généraux, les démembremens ont été continuels jusqu’aux derniers jours de la monarchie. Quant aux expédiens financiers, ils comprennent, comme sous les Capétiens directs, la vente des offices, les affranchissemens collectifs ou individuels, la confirmation des chartes de commune, la création des foires et des marchés, les exemptions d’impôts accordées à prix d’argent, les confiscations judiciaires, l’altération des monnaies ; ils prennent de règne en règne un plus grand développement, ils forment l’un des chapitres les plus importans du budget des recettes, et les rois en usent et en abusent à leur entière discrétion, attendu qu’ils n’ont pas besoin, pour les mettre en pratique, de recourir aux états-généraux, et ils y ajoutent, suivant les nécessités du moment, la spoliation pure et simple, car Philippe le Bel leur avait appris au moyen de quels attentats un prince peut remplir son trésor.

La fiscalité monarchique, greffée sur la fiscalité féodale, avait grandi rapidement sous les premiers Valois ; le royaume n’en traversa pas moins pendant près de cent cinquante ans une crise financière des plus graves. En présence de l’invasion étrangère, il avait besoin de beaucoup d’argent, et par une fatale rencontre les causes les plus diverses semblaient se réunir pour épuiser ses ressources. Les dilapidations des princes, l’imprévoyante faiblesse de Philippe de Valois, qui fait rentrer la noblesse et le clergé dans les priviléges que leur avait enlevés Philippe le Bel, les exactions des grands feudataires, qui profitent des désordres intérieurs pour ressaisir les droits régaliens et détourner à leur profit l’argent des contribuables en levant des tailles dans leurs fiefs, l’occupation anglaise, qui enlève au trésor les revenus des provinces envahies, la rançon du roi Jean, qui fait sortir plus de 200 millions du royaume, la folie de Charles VI, les trahisons et les rapines d’Isabeau de Bavière, les concussions des fonctionnaires, l’arbitraire qui préside aux dépenses, laissent le trésor vide malgré de continuelles levées de deniers. En 1355, la nation proteste énergiquement contre l’impéritie d’un pouvoir qui ne sait que l’opprimer, contre les abus qui la ruinent et la désarment. Les états-généraux sont convoqués à Paris, et sous l’impulsion d’un grand citoyen, Étienne Marcel, ils formulent un programme qui n’est en bien des points que la préface du programme de 89 : « les états-généraux se réuniront périodiquement, ils voteront les impôts et les impôts seront répartis entre toutes les classes ; le recouvrement en sera fait par les délégués des assemblées des trois ordres ; les officiers royaux préposés à l’admi-