Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/840

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ce dernier comte de Bourbon-Busset offre une étroite ressemblance ? Avec le roi Charles X lui-même. Il faut vraiment qu’il y ait dans chaque race un certain élément irréductible, puisque les infusions les plus abondantes et les plus prolongées de sangs étrangers ne parviennent pas à l’absorber. La première fois que cette persistance presque incroyable des caractères physiques de la race s’est révélée à moi avec toute sa force, c’est à Rome. On voit sur un des piliers de Saint-Jean-de-Latran une petite fresque peinte par Giotto et représentant le pape Boniface VIII proclamant le jubilé de l’an 1300. Or quelques jours après avoir vu cette fresque, me trouvant en présence du duc de Sermoneta, qui était alors le représentant de cette famille des Gaetani d’où Boniface VIII était issu, il me sembla voir le vieux pape lui-même. Six siècles n’avaient pu apporter la moindre altération à ce type, marqué, il est vrai, d’un cachet de force peu commune.

Pendant que je regarde les armes de ces alliances, ma fantaisie s’amuse à chercher si dans le nombre il ne s’en trouve pas quelqu’une qui me rappelle un souvenir moins général que celui d’un grand nom, en d’autres termes s’il en est quelqu’une qui réveille en ma mémoire l’ombre d’une individualité féminine, ou qui se rattache à quelque détail ayant un intérêt particulier. Les deux premières seules répondent à cet appel de ma fantaisie ; les autres ne prononcent qu’un nom illustre dont elles ne se détachent pas d’une manière distincte. Parmi les noms célèbres de l’histoire militaire de l’ancienne France, il en est peu d’aussi remarquables pour la probité et la solidité que celui de d’Alègre. Qu’était cette Marguerite d’Alègre, veuve d’un des Lorrains Lenoncourt, qui épousa le premier comte de Busset, à Yves d’Alègre, un des plus vaillans soldats des règnes de Charles VIII et de Louis XII ? Une nièce ou une sœur ? Je ne sais ; mais, comme ils furent contemporains, la parenté doit être fort proche. Yves d’Alègre assista à presque toutes les batailles des guerres d’Italie, depuis l’entrée de Charles VIII en campagne jusqu’à la bataille de Ravenne. Il en fut une au moins cependant à laquelle il n’assista pas, celle de Fornoue, car il fut au nombre des capitaines que le roi Charles laissa sous les ordres du duc de Montpensier pour garder le royaume de Naples, lorsqu’il prit le parti précipité de sortir d’Italie de crainte que le passage ne lui fût coupé, danger trop réel auquel il n’échappa que par un admirable effort d’héroïsme. Parmi les capitaines de ce temps, il n’en est pas qui ait mieux connu par expérience à quel point la mauvaise fortune marche sur les talons de la bonne, car il vit ce royaume de Naples dont il était un des gardiens perdu comme il avait été gagné, en un clin d’œil, le jour où, sur la soudaine apparition de Ferdinand, le peuple de Naples le poussa avec ses compagnons jusqu’au château, et bien