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pour tous les pavillons ; les sujets de la Russie durent avoir la plus entière liberté de commerce dans les vastes états que l’intervention européenne conservait au sultan.

Le repos du monde venait d’échapper à un grand danger. Depuis près d’un mois, les journaux anglais prêchaient ouvertement la guerre, et personne ne savait de quel côté, en cas de conflit, pourrait se ranger la France. Le prince de Polignac, devenu ministre des affaires étrangères et vice-président du conseil, passait pour moins favorable que M. de La Ferronays à l’alliance russe. Sir Pulteney Malcolm, l’amiral de Rosamel, se tenaient avec leurs escadres au mouillage de Ténédos, surveillant les mouvemens de leur collègue, l’amiral Heïden, et prêts à paraître dans la mer de Marmara, si l’armée russe poursuivait sa marche sur Constantinople. L’amiral de Rigny ne pouvait espérer que dans une pareille crise on le laisserait en France ; il reçut l’ordre de se rendre de nouveau et en toute hâte dans le Levant. Quand il y arriva, la paix était conclue, le blocus des Dardanelles déjà levé, et l’ambassadeur de France à Constantinople venait de faire savoir au contre-amiral de Rosamel « que, les circonstances qui lui avaient fait désirer la réunion de son escadre sur la côte de Troade ayant cessé d’exister, cette escadre pouvait être rendue à sa destination habituelle. » Il n’en restait pas moins bien des questions délicates à régler. À Constantinople, la lutte d’influence allait succéder à la guerre ouverte. La Russie aspirait à devenir la meilleure amie de l’empire qu’elle avait terrassé. C’était, au jugement de bien des politiques, le plus sûr moyen de hâter la dissolution de la Turquie. L’Angleterre le croyait et s’agitait beaucoup pour conserver auprès du Divan son influence. « Malcolm, écrivait le 21 octobre 1829 le comte Guilleminot, a passé ici quelques jours et s’est prodigué chez les Turcs. Le nouvel ambassadeur d’Angleterre, qui est tout l’opposé de Canning, se montre aussi pour les Turcs ce que son prédécesseur était pour les Grecs. Il épouse leur cause avec une ardeur extrême, et son orgueil anglais ne craint pas de caresser l’orgueil ottoman. En définitive, la Russie n’a fait qu’exiger ce qui avait été, officiellement du moins, jugé le meilleur par les trois cours. Toutes seront donc liées jusqu’à un certain point par la publicité donnée au traité. C’est un malheur que d’avoir toujours à peser sur la Turquie ; mais il vaut mieux en finir tout d’un coup à ses dépens, puisqu’elle s’y est si bêtement exposée, que de voir encore les cabinets se chamailler entre eux, à propos des Turcs et des Grecs. Seulement, en acceptant ce qu’a fait la Russie, il faut exiger d’elle la prompte et entière retraite de ses armées hors du territoire ottoman. C’est dans ce sens que j’ai écrit à Paris, et, comme il faut prévoir que, pour évacuer l’Attique et Négrepont, les