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LA QUESTION CUBAINE.

pour leur vie ; ils durent s’expatrier, et alors commença cette émigration qui a jeté aux quatre coins de l’Europe et du Nouveau-Monde une foule de familles cubaines qu’on voit à l’étranger promener désespérément leur exil. À La Havane seulement, deux mille passeports furent expédiés en un jour, et vingt mille dans la première quinzaine du même mois.

Pendant ce temps, à l’intérieur de l’île, les événemens militaires se poursuivaient sans relâche. Les renforts reçus d’Europe, et qui en moins de deux ans montèrent à plus de 60 000 hommes, avaient permis aux généraux espagnols de prendre efficacement l’offensive. Également renforcée, l’escadre, déjà fort considérable, croisait le long des côtes, bloquait les insurgés et leur fermait ainsi toute communication avec le dehors. Nous ne ferons point pas à pas l’historique de cette interminable campagne. Aussi bien, quoi qu’en disent les rapports officiels et les récits des journaux espagnols, il n’y a pas là, à proprement parler, de bataille en règle, d’action vraiment sérieuse ; tout se borne à des escarmouches, à de petits engagemens partiels, souvent renouvelés, mais d’ordinaire assez peu décisifs : une des affaires les plus importantes, avec l’attaque de las Tunas, est sans contredit celle de Palo-Quemado, où les insurgés vainqueurs avaient au plus 3 000 hommes. Le soldat espagnol est brave, d’une bravoure incontestable, patient à la fatigue et aux privations, très suffisamment instruit et discipliné ; en outre, dans le cas présent, il a l’avantage immense d’une organisation et d’un armement supérieurs : tout cela fait de lui pour les insurgés un adversaire redoutable. Ceux-ci, à la longue, ont pu se procurer des armes de guerre, — de modèles différens il est vrai, — fusils ou carabines, et jusqu’à des canons, soit en les faisant venir des ports de l’Union, soit en s’en emparant sur leurs ennemis ; mais ce sont surtout les munitions qui leur manquent, et beaucoup d’entre eux se servent encore, pour combattre, de piques et du machete, sorte de long couteau en usage dans les plantations de cannes, et dont les indigènes ne se séparent jamais. Aussi leur avantage n’est-il point d’opérer en rase campagne ; ils se montrent par petites bandes et sans trop s’engager jamais, nuit et jour harcelant l’ennemi, fondant à l’improviste sur les corps détachés, dressant des embuscades dans les défilés et les bois. Leur coup vient-il à manquer, aussitôt ils lâchent pied, et vont attendre au milieu de fourrés impénétrables, qu’eux seuls connaissent, une meilleure occasion. La petite race des chevaux du pays, vigoureux et agiles, leur est d’un merveilleux secours pour multiplier les attaques ou tromper à l’occasion la poursuite des Espagnols. Le plus souvent, pour le vaincu même, la perte se borne à quelques hommes, et cependant, comme ces en-