Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/154

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on venait en effet d’acquérir la certitude que par le Song-koï ou Fleuve-Rouge existait une route relativement facile pour se rendre par eau du golfe de Tonkin à la province chinoise du Yunnan. M. le contre-amiral Dupré, gouverneur de la Cochinchine française, pensa dès lors qu’une voie de communication aussi importante ne devait pas rester fermée au commerce. L’infortuné lieutenant de vaisseau Francis Garnier, qui commandait l’expédition composée du d’Estrées et de l’Arc, devait donc, non -seulement protéger M. Dupuis contre les tracasseries des mandarins, mais obtenir encore l’ouverture du fleuve Song-koï dans des conditions exceptionnellement avantageuses pour la France, et sans porter nullement atteinte aux droits de propriété du souverain d’Annam.

Dès son mouillage à Hannoï, la petite force française rencontrait malheureusement de la part d’un Chinois au service de l’empereur Tu-Duc, le « grand-maréchal » Uguyen-Tri-Phnang, les dispositions les plus hostiles, et il est à regretter qu’à Saigon on n’ait pas pris le soin, avant le départ de la mission, de s’enquérir de l’accueil qui lui serait fait à son arrivée. Elle constata bientôt en effet que Uguyen, notre ennemi implacable depuis longtemps, croyant, non sans raison, son influence compromise par la présence des représentans d’une puissance étrangère, se préparait à une attaque. M. Garnier ne crut pas devoir attendre une agression dont les apprêts se poursuivaient presque sous nos yeux ; s’élançant avec sa hardiesse habituelle sur la citadelle d’Hannoï à la tête d’une poignée d’hommes, il s’en empara sans perdre un soldat. M. Dupuis avait de son côté appuyé le mouvement d’occupation en lançant de ses canonnières des bombes sur la forteresse. Quelques jours après ce coup heureux, M. Garnier apprit que des pirates, des rebelles, faisaient des préparatifs contre lui dans l’intérieur ; il se rendit dans les provinces de Nam-dinh et de Ninh-binh, y nomma des gouverneurs, destitua des mandarins et envoya de faibles détachemens sur les points menacés. Pendant son absence de la capitale, des bandes indisciplinées de transfuges chinois, arborant un drapeau noir, tentèrent plusieurs fois de reprendre la citadelle, dégarnie de la plus grande partie de ceux qui l’avaient prise. Les attaques n’en furent pas moins énergiquement repoussées par le petit nombre d’hommes qui y restaient. C’est en poursuivant les assaillans repoussés avec trente soldats d’infanterie de marine seulement que M. Garnier, revenu en toute hâte à Kécho, fut tué ; M. Balny, enseigne de vaisseau, disparut, et deux sergens et trois soldats de son détachement tombèrent aussi frappés mortellement. Dès que ces tristes nouvelles parvinrent à Saigon, le gouverneur envoya aussitôt la Sarthe porter secours aux faibles détachemens que nous avions à Kécho. Ce navire y conduisit 200 hommes d’infanterie de marine commandés