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au nombre de trois cents. Sans parler de son gréement démoli, de ses haubans coupés, d’un boulet de 12 dans la coque au deux tiers de son épaisseur, le bâtiment français compta deux hommes blessés, dont l’un, M. Couturier, aspirant de première classe, était atteint d’une balle qui lui traversa le bras sans toucher l’os. Pendant cette scène de carnage, deux ou trois mille Annamites armés de lances attendaient du haut des dunes le résultat de la lutte. Le combat terminé, ils se jetèrent avec de grandes démonstrations, comme des vautours avides, sur ce qu’il y avait à piller dans les débris de la jonque à moitié submergée.

Le 29 octobre, le Bourayne ayant embarqué un évêque français, M. Gauthier, dont le siège apostolique est à Hongneu, appareilla pour les îles Houmé, où deux jonques de forbans chinois, sur quatre qui s’y trouvaient au mouillage, acceptèrent vaillamment un combat, qui se termina encore par une destruction complète des bandits. Les deux autres jonques avaient fait voile pour aller s’échouer à la côte, à l’ouest de l’île ; le Bourayne les y suivit, les incendia, et les pirates qui les montaient, réfugiés dans un îlot désert et inculte, durent y mourir de faim, si, selon toute probabilité, personne ne vint leur apporter des vivres. Le 28, nouvelle bataille navale ; 120 de ces énergiques pirates périrent dans ce combat, après une lutte acharnée qui ne dura qu’une demi-heure ; le Bourayne eut ce jour-là deux hommes et un mousse blessés, sa cheminée crevée par un biscaïen, sa coque traversée à bâbord par un boulet de 18, et son tribord endommagé par un boulet rougi de 24.

Ces canonnades répétées, qui remplissaient de bruit et de fumée les baies du Tonkin ordinairement si paisibles, avaient vivement ému toute la population du littoral ; les malheureux Annamites, bloqués dans leurs ports depuis quatre mois, vinrent en foule dans les eaux du Bourayne demander des nouvelles et s’informer anxieusement s’ils pouvaient à l’avenir naviguer sans crainte d’être attaqués. Sur la réponse affirmative du commandant, une flottille partit presque aussitôt pour aller porter des approvisionnemens à l’armée de Tu-Duc. Ce monarque, auquel on se plaît à faire une renommée d’habileté exagérée, n’est pourtant pas aussi maître chez lui qu’on le suppose, car à cette époque six provinces étaient entre les mains des deux armées rebelles rencontrées par M. Dupuis.

Le 30, M. Senez faisait jeter l’ancre devant Catba. Ce port était autrefois un vrai nid de forbans ; il est maintenant, paraît-il, devenu plus honnête. Chacun y bâtissait des habitations en paillottes, il est vrai, mais qui dans un avenir prochain promettaient de se changer en constructions plus sérieuses. Catba, placée en face des trois plus grandes rivières du Tonkin, — Cuacum, Bac-dangian et Lueth-huyen, — ayant un mouillage excellent où des navires d’un