Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/22

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


simple ; ce sont des évêques assemblés autour du trône d’un empereur, parfois, comme pour l’impératrice Irène, autour d’une femme. Ce sujet se rencontrait aussi dans nos églises du moyen âge et y était figuré à peu près de la même façon. Les gens qui ont sous les yeux de telles représentations s’étonnent peu de la part que prend le souverain à l’administration ecclésiastique, et de fait, s’ils ont parfois outre-passé vis-à-vis de l’église les droits que s’étaient arrogés les empereurs d’Orient, les tsars sont le plus souvent demeurés en-deçà. L’influence du pouvoir civil sur le clergé de Russie pourrait même sembler un reste des anciens rapports de l’église et de l’état dans cet Orient qui change si peu, si les Russes n’avaient fait la remarque que chez eux les plus grands abus de l’autorité laïque dans les affaires ecclésiastiques dataient de l’influence occidentale.

Le principal acte d’ingérence des tsars dans l’église a été l’établissement du saint-synode. C’est l’usage le plus extrême, et, si l’on veut, le plus grand abus qu’ils aient fait de leur pouvoir, et, jusque dans l’abus, on en sent les limites. On sent que l’empereur n’est pas maître de l’église comme il l’est de l’état. C’est le plus despote des souverains russes, le plus enclin à aller en tout au bout de ses idées et de sa puissance, c’est le plus violent et le moins scrupuleux des autocrates qui accomplit cette révolution ecclésiastique. On a trop oublié combien dans cette affaire la conduite de Pierre le Grand contraste avec ses procédés habituels. Ce prince, qui d’ordinaire semble incapable de ménagemens et de lenteurs calculés, n’attaque pas de front la dignité qu’il veut détruire, il ne l’abolit pas officiellement. Avant de supprimer le patriarcat, il habitue le peuple et l’église à se passer de patriarche. Il prolonge indéfiniment la vacance de la chaire de Moscou, et ce n’est qu’au bout de vingt ans, lorsque le patriarcat n’est plus qu’un souvenir historique, lorsque le haut clergé a été renouvelé et rempli de Petits-Russiens imprégnés de l’esprit de l’Occident, que Pierre le Grand déclare ses intentions. Une fois décidé, il ne proclame pas lui-même le remplacement du patriarcat par un synode, il le fait proclamer par un concile national. Le règlement organique qui détermine les fonctions du nouveau pouvoir, le tsar le fait rédiger et approuver, par des évêques. La chose faite, il ne se contente pas d’en faire part aux autres branches de l’église orthodoxe, il demande pour sa nouvelle institution la reconnaissance, on pourrait dire la confirmation des patriarches orientaux, qui avaient eux-mêmes reconnu l’indépendance de l’église russe. A suivre cette conduite, si peu régulière qu’elle puisse, sembler, il est aisé de voir qu’au milieu même de ses emportemens Pierre ne se sent pas aussi libre que sur le terrain politique. On prétend que, lors de l’ouverture du