Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/290

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Entre Ngan-si-fou, capitale du Kansou, et Kachgar, les caravanes coupent en pointe le désert de Gobi, dont le sol, assez aride en général, devient cependant fertile lorsque les eaux courantes se prêtent à des irrigations. Quelques grandes villes, Khamil, Tourfan, Ouroumtsi, Aksou, sont échelonnées sur ce parcours. Toute cette contrée, soumise alors à l’empereur de la Chine, était administrée par le gouverneur-général de la province d’Ili, en résidence à Kouldja, au nord des monts Thian-shan. Ce gouvernement d’Ili était une sorte de colonie pénale, où les mandarins mandchous avaient coutume d’envoyer les mécontens politiques. Toutefois les Tounganes formaient la masse de la population, et, plus belliqueux que les Chinois de race pure en raison du sang turc qui coulait dans leurs veines, ils étaient en majorité dans les rangs de l’armée. Ce fut donc, lorsqu’ils se soulevèrent, une insurrection militaire. A Ouroumtsi par exemple, les soldats tounganes, conduits par leurs officiers, s’emparèrent du pouvoir et mirent à mort tous les Mandchous ; un incendie, qui se déclara au milieu du désordre, ne put être éteint qu’après avoir détruit plusieurs rues de la ville. Le mandarin de Kouldja, ayant réuni quelques troupes fidèles, offrit la bataille aux rebelles ; battu en rase campagne, il fut bientôt bloqué dans sa citadelle. Partout les mahométans se levaient en masse et proclamaient la guerre sainte. La révolte s’étendit alors comme une tramée de poudre jusqu’à l’extrémité du Turkestan oriental, dans la portion que l’on appelait communément l’Altychar, et dont Khoten, Yarkand et Kachgar sont les villes principales. Sur cette frontière cependant, les Tounganes n’avaient aucune influence. La population indigène, d’origine turque sans mélange, les haïssait presque autant que les Chinois. Le plus curieux fut que cette immense insurrection n’avait pas de chef. Ceux de Khoten mirent à leur tête un prêtre indigène, Hadji Hubiboula ; ceux d’Aksou et de Yarkand élurent un Khodja, Rechid-Oudin. Partout les mandarins et les garnisons chinoises éprouvèrent le même sort. Bloqués dans les citadelles par un ennemi supérieur en nombre, ils résistèrent jusqu’à complet épuisement de leurs vivres et de leurs munitions ; puis ils mirent le feu à leurs magasins vides et se jetèrent dans les flammes avec cette insouciance de la vie qui caractérise la race jaune.

A Kachgar, les insurgés reçurent un secours du dehors. On se souvient de ce Jehanghir-khan que les Chinois avaient mis à mort en 1827 ; il avait un fils, Buzurk-khan, qui vivait à Khokand. Ce rejeton de l’ancienne dynastie des Khodjas était un débauché d’assez peu de ressource. Lorsqu’il apprit la révolte des mahométans de l’Altychar, il franchit cependant les montagnes pour se joindre à eux avec une troupe d’environ 500 soldats. Il s’était fait