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UNE
MER INTERIEURE EN ALGERIE

Nulle part les contrastes de la nature ne sont plus frappans qu’au sud de la province de Constantine. La chaîne de montagnes la plus élevée de l’Algérie, le Djebel-Aurès, dont les points culminans dépassent 2,300 mètres d’altitude, y domine de toute sa hauteur les régions basses et sablonneuses du Sahara. Ce sont deux mondes opposés qui se touchent : d’un côté, un massif aux pics neigeux, aux larges flancs couverts de pâturages et de forêts, aux nombreux cours d’eau arrosant une suite à peine interrompue de pittoresques villages qui rivalisent entre eux pour la richesse et la fertilité de leurs jardins ; de l’autre, une plaine desséchée par un soleil brûlant, un horizon sans limites, quelques oasis perdues dans l’espace ; au nord, les descendans de l’ancienne race berbère, les Kabyles Chaouïas, chez lesquels abondent les types blonds aux yeux bleus, peuple laborieux, sédentaire, ayant l’amour du sol ; au sud, les Arabes nomades aux cheveux noirs, au visage bronzé, qui n’ont d’autre toit que leur tente, d’autre travail que leur marche incessante à travers le désert, d’autres ressources que leurs troupeaux de chameaux et de moutons. Le contre-fort le plus méridional de l’Aurès, le Djebel-Amar-Khaddou, dresse verticalement au-dessus du désert, avec lequel il s’harmonise par l’aridité, son ossature de grès rouges dénudés. En explorant cette montagne aux déchirures profondes, aux escarpemens vertigineux, aux pentes couvertes d’immenses blocs de rochers affectant des formes bizarres, aux ravins creusés dans le roc, dont les lits, coupés par de brusques ressauts, semblent des torrens de laves subitement figées, on se demande avec stupeur quelle collision de forces terribles a pu produire un tel chaos. Du sommet de l’Amar-Khaddou, on jouit d’un magnifique spectacle. Au nord, le massif de l’Aurès se dresse dans toute sa majesté grandiose ; au sud, on voit se dérouler à ses pieds l’immensité, la mer de sable. Çà et là quelques taches d’un vert sombre et presque noir tranchent sur