Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/399

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majorité de la chambre des députés, en proie à des incertitudes fatales, hésitait à se prononcer entre elles avec quelque décision, et se contentait d’approuver dans les ministres les plus modérés le courage résigné qui les maintenait au poste de la défense sociale. Ils eurent ce courage pendant deux mois d’incessans efforts jusqu’au jour où il leur fut permis de concourir à l’avènement d’un ministère fort et uni ; mais à travers quelles circonstances menaçantes et quelles douloureuses alternatives ! Tantôt c’est l’artillerie de la garde nationale, où règne l’influence des sociétés secrètes, qu’il faut frapper de dissolution ; tantôt c’est la société « Aide-toi, le ciel t’aidera, » qui cherche à s’installer à l’Hôtel de Ville et à laquelle il faut interdire cette dangereuse hospitalité ; tantôt c’est le préfet de la Seine, Odilon Barrot, qu’il faut mettre en demeure de rétracter ces paroles subversives de toute autorité, qui n’avaient même pas la vérité pour excuse : « On n’a pas osé rompre avec les idées que je représente ; » tantôt ce sont les élèves des écoles se réunissant pour signer une déclaration insultante et factieuse en réponse aux remercîmens que la chambre des députés venait de leur adresser au nom de la France avec l’approbation de M. Laffitte. « Nous serions heureux et fiers, disaient-ils, des remercîmens de la France ; mais dans la chambre nous cherchons la France et nous ne la trouvons pas. » Bientôt après, des troubles sérieux eurent lieu à la Sorbonne. Le ministre de l’instruction publique s’y rend accompagné du procureur-général à la cour de Paris ; le ministre est insulté, le procureur-général est blessé, les portes sont enfoncées, l’établissement envahi, les meubles brisés et les registres lacérés. Enfin de déplorables désordres se succèdent à Paris, à Lyon, à Metz, à Nîmes et sur quelques autres points où les passions démagogiques trouvent des complices jusque parmi les magistrats municipaux chargés de les contenir.

Telles étaient les tentatives coupables contre lesquelles le gouvernement et la société avaient à lutter presque tous les jours lorsqu’un événement plus grave encore vint jeter une sombre lumière sur la profondeur du mal. Ce fut en effet un jour à jamais néfaste que celui qui vit la dévastation de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, le sac de l’archevêché de Paris, la destruction de sa précieuse bibliothèque et la profanation des objets sacrés. Quelle ineffable douleur pour les amis de l’ordre et surtout pour le gouvernement, à qui l’on pouvait reprocher de s’être laissé surprendre, et qui était condamné à une désespérante impuissance par les passions surexcitées jusqu’à l’aveuglement de la plus grande partie des bons citoyens, sur lesquels il croyait pouvoir compter ; mais à côté de la barbarie de la destruction quelle anarchie morale ! Écoutons sur la