Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/408

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permettent aux passions hostiles d’égarer le patriotisme d’une foule de bons citoyens. C’est qu’en effet il n’est pas de meilleur moyen, de pacification, au dedans comme au dehors, que la multiplicité et surtout la franchise absolue des explications, — ne les refusons à personne ; bien plus, prenons les devans avec les chambres, c’est-à-dire avec la France elle-même, qui nous écoute tout entière ; — qu’elle sache que nous sommes les amis de la lumière en toutes choses, les ennemis déclarés de l’équivoque et des arrière-pensées, et qu’elle nous retrouvera fidèles à tous les principes que nous avons défendus dans l’opposition. Disons-lui bien haut que, défenseurs d’une révolution nationale légitimée par la violation de la loi jurée, nous sommes résolus à ne puiser que dans le droit commun les armes dont nous ne sommes pas moins résolus à faire un usage énergique contre toute atteinte à la paix publique. Opposons à la confusion des idées et des sentimens, qui est le plus grand danger de la situation, le système aussi simple que clair d’une légalité absolue, de la confiance dans le pays, du respect des adversaires et de la conciliation à côté de la répression. C’est ainsi qu’avec l’aide d’une pratique loyale, patiente et résignée aux calomnies, nous parviendrons à isoler de plus en plus les véritables ennemis de notre révolution et de l’ordre social, à leur enlever le concours d’une foule de bons citoyens égarés au milieu des ténèbres de la situation, à établir dans le parti conservateur de gauche et de droite l’unité que nous avons déjà rétablie au sein même du gouvernement, et enfin à ne trouver en face de nous que de véritables ennemis le jour douloureux et suprême d’une lutte, si jamais il doit se lever pour nous.

Telles furent en résumé les explications de Casimir Perier, approuvées d’une voix unanime et résolue. A ce moment, Casimir Perier se déclara prêt, et le roi, qui avait reconnu sa propre politique tout entière dans le langage de son futur président du conseil, signa les ordonnances de nomination du nouveau ministère avec la plus confiante satisfaction ; mais que de tentations, pour en sortir, Casimir Perier ne devait-il pas rencontrer sur la pénible route où il s’engageait et où l’attendaient dès les premiers pas les calomnies de la presse, les défiances et les accusations de la tribune, les violences de la rue, les défaillances de la justice, et jusqu’aux provocations réactionnaires de ses propres amis ! En passant des paroles de la veille aux paroles et aux actes du lendemain, ce programme est-il resté intact, complet, inébranlable ? C’est à l’histoire de répondre.

La première considération qui s’offre à quiconque veut juger Casimir Perier est celle de l’unité qu’il avait mise dans sa propre vie,