Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/410

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monarchiques, son affranchissement de la domination du côté droit de la chambre des députés, dont il avait subi l’influence plus souvent qu’il ne lui avait imposé la sienne. — Plus modéré que la politique même qu’il pratiquait, M. de Villèle avait plus d’une fois déploré, tout en y cédant, les exigences du parti ultra-royaliste. Aussi, après la chute du ministère Martignac, il fut de ceux qui firent les plus grands efforts pour détourner le roi Charles X de la formation d’un ministère Polignac, dont il connaissait mieux que personne la signification fatale. Il eut alors l’idée hardie, mais salutaire, de former un cabinet où seraient représentées les nuances les plus modérées de la gauche en même temps que celles de la droite ; ce cabinet se serait formé sous sa présidence, qui lui semblait suffire à donner au roi toutes les garanties nécessaires. — C’était, dans sa pensée, la continuation du ministère Martignac sur une base plus large. Casimir Perier était pour M. de Villèle l’élément indispensable du côté gauche ; il n’hésita pas à lui faire des ouvertures, et chargea M. Berryer de cette négociation délicate. Casimir Perier ne repoussa pas de prime abord la combinaison qui lui était offerte, mais il posa immédiatement, comme condition, l’entrée au ministère du général Sébastiani pour y représenter la gauche avec lui, le maintien de quelques membres du ministère Martignac et la présentation de diverses lois libérales. Ces conditions, rapportées à M. de Villèle, ne rompirent pas les négociations, qui n’avaient pas perdu, paraît-il, toute chance d’aboutir, lorsque Charles X, qui avait paru hésiter un instant, se rejeta tout à coup éperdument du côté de Polignàc et de la cour, et des funestes arrière-pensées dont on lui promettait le triomphe [1]. Inutile tentative qui fait du moins honneur à la

  1. Ce fait n’est pas mentionné dans l’ouvrage de M. Duvergier de Hauranne, si riche en anecdotes instructives ; mais l’auteur y a révélé, à propos de la crise qui précéda le ministère Martignac, certains faits où le nom de Casimir Perier se trouve mêlé, et qui font mieux comprendre la combinaison rêvée en 1829 par M. de Villèle. C’est de M. Berryer que je tiens le récit du projet avorté de 1829. J’en ai écrit les détails presque sous sa dictée, le soir même d’une de ces précieuses visites que me valaient, dans ma retraite des bords de la Loire, les vacances que Berryer venait passer chaque année chez un ancien et fidèle ami de mon voisinage. Je relève dans mes notes un curieux détail qui complète ce récit. Ce n’est pas à la personne bourgeoise et un peu rude de Casimir Perier que Charles X fit objection ; non, ce fut tout d’abord à la personne du général Sébastiani, qui, malgré ses airs et ses goûts assurément très aristocratiques, avait le don de lui déplaire souverainement. Il lui trouvait, disait-il, des airs, mais pas de manières. D’ailleurs il lui reprochait avec une amertume singulière le rôle important qu’il avait joué dans l’échec de la loi municipale, la seule des deux lois présentées par Martignac à laquelle le roi portait un intérêt personnel. Dans sa pensée en effet, cette loi, admise sans amendement, pouvait fournir la base sur laquelle il entendait fonder plus tard, avec l’aide d’un ministère de droite toujours rêvé, la réorganisation de la France, égarée dans les faux principes de 1789. Il ne pardonnait pas à Sébastiani d’avoir contribué à l’échec d’une de ces convictions immuables qui lui ont fait dire un jour au duc d’Orléans : « En France, mon cher cousin, il n’y a que deux hommes qui n’ont pas changé, M. de Lafayette et moi. » La renonciation de Casimir Perier à l’entrée de Sébastiani dans le cabinet était pour Charles X une question préjudicielle qui, si elle n’était pas admise, devait couper court à toute négociation ; c’est ce qui arriva. On ne put obtenir de Casimir Perier une séparation qu’il considérait comme une déviation apparente de ses principes libéraux. M. de Villèle fut éconduit avec son projet, qui présentait d’ailleurs tant d’autres impossibilités, et tout fut rompu.