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POETES CONTEMPORAINS
DE L'ITALIE

M. GIOSUE CARDUCCI

I. Poesie di Giosuè Carducci (Enotrio Romano), Firenze 1871, Barbera. — II. Nuove Poésie di Enotrio Romano (Giosui Carducci), Imola 1873, Galeati. — III. Opere di Poliziano, illustrate da G. Carducci. — IV. Poesie di Lorenzo de’ Medici, prefazione di G. Carducci. — V. Studi letterari, Livorno 1874, Vigo.

Un poète qui jette des rimes dans la mêlée des partis, qui déploie un drapeau pour y inscrire ses vers, est en France une exception assez rare. Nous n’aimons pas que la muse se fausse la voix au milieu des clameurs enrouées de la place publique, ni qu’elle serve d’instrument servile aux passions violentes. L’exemple en a été donné, mais il n’a pas porté bonheur à ceux qui l’ont essayé ; ils y ont perdu, sinon le succès bruyant, du moins la sympathie et l’affection du public vraiment lettré. En Italie, les habitudes sont différentes. Longtemps la poésie a été le foyer de la vie nationale : en l’absence de tout autre moyen d’expansion, l’activité morale, les désirs, les espérances, les regrets, les colères de ce peuple asservi à des étrangers, empruntaient les accens de ses poètes, et durant les périodes de son plus grand abaissement c’est encore dans les cadences de leurs strophes que l’on pouvait compter les battemens de ce cœur italien qui refusait de mourir.

Une longue pratique a consacré dans ce pays l’usage de plier l’ode, la canzone, la satire, le sonnet, à l’expression de la pensée politique. Chacun des mouvemens sociaux de l’Italie du XIXe siècle