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bourgeoisie est synonyme de platitude, un idéal bourgeois qui exerce sur eux une grande influence et auquel ils se conforment souvent sans s’en douter.

Et d’abord, pour que personne ne s’offense d’être rangé dans cette catégorie, disons tout de suite à ces artistes bourgeois quels sont leurs ancêtres : il y en a de célèbres, il y en a même d’illustres. Horace Vernet, malgré son génie, était un peintre bourgeois ; Paul Delaroche eût été peut-être un grand peintre, s’il n’avait eu des côtés bourgeois ; Winterhalter, le faiseur de portraits à la mode, était l’élégance bourgeoise personnifiée ; nous pourrions en citer bien d’autres. C’est à leur suite qu’il faut ranger tous ces faiseurs de tableaux officiels, tous ces peintres de cérémonies et de batailles qui font métier de couvrir d’un uniforme décent les pompes insignifiantes de notre civilisation sans poésie. C’est à leur suite aussi qu’il faut mettre ces agréables mièvreries, ces confiseries pittoresques et sentimentales, ces fadaises égrillardes ou mélancoliques, ces beautés d’albums ou de keepsake, tout cet art de boutique et de boudoir ou même de cabinet de toilette qui aux yeux du public bourgeois est encore le dernier mot du style.

En ce genre-là, M. Landelle et M. Bouguereau sont deux grands maîtres ; M. Emile Lévy en est un autre, et M. Hébert serait le plus grand de tous, si son talent n’avait pas trop d’originalité et d’élévation pour réaliser tout à fait l’idéal bourgeois. M. Bouguereau, qui pendant dix ans nous a fatigués de ses Italiennes, s’adonne maintenant aux scènes mythologiques et aux sujets classiques ; il y porte l’intelligence rapide, la merveilleuse facilité dont la nature l’a doué et dont il abuse un peu. Son Homère avec les bergers est emprunté probablement à des vers d’André Chénier que nous n’osons pas citer ici, de peur de nuire à l’interprète. Le vieil aveugle, toujours majestueux, quoique effrayé, s’appuie d’une main sur un bâton et pose l’autre main sur le bras du jeune berger venu à son secours ; à ses pieds, un des chiens qui l’attaquaient tout à l’heure gronde encore en montrant les dents ; dans le fond, au bout de la prairie, les autres bergers font de grands gestes et appellent à grands cris leur meute irritée. Cette scène a du mouvement, mais elle est assez mollement dessinée et d’un aspect tout à fait banal. La Charité, du même auteur, est une femme très sèchement peinte qui tient sur ses genoux des enfans très roses. Enfin, pour n’en pas perdre l’habitude, M. Bouguereau expose des Italiennes à la fontaine, toujours fort jolies et sœurs jumelles de leurs innombrables devancières.

M. Landelle, qui nous fatiguait depuis vingt ans de ses femmes égyptiennes, tombe de plus en plus dans la fadeur avec sa jeune fille française intitulée Rêverie de seize ans. M. de Coninck, plus