Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/712

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à-dire avec la transmission régulière et assurée du pouvoir, dans le cas où M. le maréchal de Mac-Mahon viendrait à manquer. C’était en d’autres termes la république constituée pour sept ans dans des conditions conservatrices, avec la réserve pour l’avenir du droit de la France représentée par ses assemblées.

Que serait-il arrivé de ce programme devant la chambre ? Il eût été certainement discuté, contesté avec passion, et il eût été aussi soutenu avec autorité au nom de cet intérêt du pays que M. le duc de Broglie invoquait l’autre jour. Peut-être, sous la pression d’une nécessité impérieuse, eût-il rallié cette majorité qu’on ne cesse de chercher ; mais il n’a pas eu le temps d’être formulé et porté devant l’assemblée. Il a disparu avec le ministère qui a été un instant sur le point d’être constitué, qui s’est cru peut-être déjà en possession du pouvoir. Comment cette combinaison a-t-elle échoué pour le moment ? Il y a peut-être encore ici plus d’un mystère. Une chose sur laquelle tout le monde est d’accord, c’est la loyauté avec laquelle M. le président de la république s’est prêté aux tentatives qui ont été faites pour recomposer le gouvernement, sans repousser, sans contester les idées qui lui ont été soumises. Sans doute il y a des sacrifices qui ont pu coûter au maréchal de Mac-Mahon. Lorsqu’on lui a proposé de renoncer aux services de M. Magne, il n’a pu cacher, dit-on, la peine qu’il éprouvait de se séparer d’un ministre régulier, correct, qui lui offrait, en dehors de la politique, les garanties d’une administration éclairée et sûre. Il a trouvé plus pénible encore peut-être de se séparer du général Du Barail, qui était pour lui un ami, un lieutenant dévoué, dont le travail et les habitudes lui plaisaient. Il ne s’est pas décidé du premier coup, il a eu besoin qu’on lui assurât que c’était une condition pour la formation du nouveau ministère ; mais il n’a pas tardé à se rendre aux raisons qui lui ont été données, et il n’a plus insisté. Il ne s’est refusé ni aux concessions qu’on lui a demandées, ni aux combinaisons qu’on lui a proposées, ni aux tentatives qu’on a voulu faire pour chercher de nouveaux alliés. Tout cela n’a peut-être point laissé d’être mêlé de petites péripéties intérieures, de quelques vivacités ou de quelques impatiences causées par des difficultés toujours renaissantes. En réalité, et c’est là ce qu’il faut constater, M. le président de la république, quels que fussent ses sentimens ou ses préférences, n’a rien empêché et n’a découragé aucune négociation. L’œuvre une fois engagée, il l’a suivie jusqu’au bout avec plus ou moins de conviction, et il ne s’est arrêté que lorsque tout a été impossible. L’obstacle n’est donc pas venu du maréchal, et il n’est pas venu non plus du centre gauche, qui n’a sûrement montré dans cette occasion ni malveillance ni exigences.

Le centre gauche, du reste, n’a été officiellement mêlé comme parti à aucune négociation. Tout s’est borné, de la part de ceux qui conduisaient la crise, à l’intention évidente, avouée, de créer une situation