Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/873

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fournissent l’exemple le plus saisissant. Au jour d’un désastre, ces insectes apparaissent en quantité formidable, et bientôt les matières corrompues se trouvent anéanties. Les vers parasites n’arrivent que par une sorte d’accident dans le milieu où ils peuvent vivre ; ils sont d’une fécondité prodigieuse.

En voyant la multitude des œufs dans le corps d’un poisson, on s’étonne volontiers par l’idée de l’innombrable postérité que peut fournir un individu. Il y a quelques années, des amateurs de pisciculture, trompés par cette abondance d’œufs et séduits par l’extrême facilité d’obtenir l’éclosion des jeunes sujets, crurent tout simple de repeupler les rivières en jetant à l’eau des centaines de milliers d’alevins ; ils n’avaient songé ni à la quantité d’alimens nécessaire, ni aux chances de destruction absolument fatales. La population des mers est intéressante à considérer à ce dernier point de vue. Les animaux carnassiers dominent par le nombre ; beaucoup plus que sur terre, l’un mange l’autre. Vers, crustacés, mollusques, en général très voraces, se livrent de terribles combats, mais aussi les enfans remplacent vite les mères. Rien de plus instructif que de comparer la masse des œufs chez des poissons d’espèces différentes dont on connaît le genre de vie ; la quantité des œufs dénote l’exacte mesure de la puissance de l’espèce ainsi que des dangers qui la menacent. les féroces requins n’ont pas à la fois plus de deux ou trois petits. Une observation curieuse est facile pour tout le monde ; les crustacés portent longtemps les œufs attachés à la face inférieure du ventre ; sur les marchés, on les voit chargés de la sorte à certains momens de l’année. Le homard a des œufs assez gros et en nombre médiocre ; la langouste en a de tout petits, en quantité incroyable. Pourquoi donc la langouste a-t-elle une fécondité autant supérieure à celle du homard ? L’explication est aisée ; les jeunes homards, presque pareils aux parens lorsqu’ils naissent, se tiennent entre les rochers ; ils grandissent à l’abri des attaques de beaucoup de bêtes carnassières ; les langoustes, pendant le jeune âge, nagent en pleine eau et même en haute mer ; elles deviennent la proie d’une foule d’animaux. En vérité, au milieu des combats pour la vie, tout paraît se compenser d’une façon admirable. On imagine avec peine des modifications dans les caractères et les aptitudes des espèces, mais M. Darwin déclare ne s’occuper de la lutte pour l’existence qu’afin de bientôt faire ressortir l’importance de la sélection naturelle. Ainsi un autre ordre d’idées nous appelle.


EMILE BLANCHARD.