Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/89

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Autant d’actes d’attention que de propositions à comprendre ; autant d’efforts d’invention que de solutions à découvrir, sans parler des efforts consécutifs nécessaires pour conserver la science acquise et ne rien perdre de ce que l’on a appris ou trouvé. L’auteur arrive encore aux mêmes conséquences en analysant la méthode scientifique et en montrant que cette méthode n’est encore que l’action d’une force, bien plus, d’une force une, simple, irréductible, et non d’une résultante, comme l’enseignent, les matérialistes. Nous ne pouvons suivre M. Magy dans les riches et savans développemens qu’il donne ici à cette preuve. Contentons-nous de le résumer en disant que pour lui, la pensée, sous quelque forme qu’elle s’exerce, est toujours une synthèse, comme l’a dit Kant, que toute méthode est ou une analyse synthétique ou une synthèse analytique, et qu’elle consiste toujours à aller de la pluralité à l’unité, ou de l’unité à la pluralité. Comment une telle opération serait-elle possible, si l’âme n’était pas elle-même une force, et si elle n’était qu’une résultante ? Quant à l’union du dynamisme cérébral avec l’âme pensante, elle n’a rien de particulièrement extraordinaire, car elle signifie tout simplement que l’âme n’est pas une substance séparée, absolument indépendante, qu’elle est en rapport avec le tout, et plus particulièrement avec le système de forces auquel elle est naturellement unie ; mais il n’est pas plus raisonnable d’identifier l’âme à son organe que l’oxygène à l’hydrogène, sous prétexte que ces deux gaz réunis perdent les propriétés qu’ils manifestent chacun à part. M.Magy se croit obligé de poursuivre encore la notion de force dans toutes les autres sciences anthropologiques, la logique, l’esthétique, la morale, la politique : travail peu nécessaire, à ce qu’il semble, toutes ces sciences n’étant que des dérivations et des applications de la science de l’âme, mais qui fournit à l’auteur l’occasion de répandre beaucoup de vues intéressantes sur divers objets.

Cette grande enquête sur les sciences humaines une fois achevée, M. Magy en cherche la contre-épreuve en comparant sa propre théorie avec celles des plus célèbres philosophes sur les idées fondamentales, notamment avec celles d’Aristote et de Kant, et il s’efforce d’établir que les dix catégories du premier et les douze catégories du second se réduisent toutes à la notion d’étendue et à la notion de force.

Ainsi la première, partie du problème est résolue ; nous savons quels sont les deux principes de la connaissance ; il reste à chercher quels sont les principes de l’existence. Ici, on serait tenté de croire que ce sont les mêmes de part et d’autre ; mais ce serait, suivant l’auteur, la plus grave méprise. Les deux idées fondamentales en effet, bien loin de pouvoir coexister objectivement dans la réalité,