Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/959

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


militaire de Paulus et fait en ce moment partie des concerts Besselièvre aux Champs-Elysées ; c’est un chant large, tout d’une venue et fort belle, qui, par sa puissance d’expression à la fois entraînée et calme, rappelle le Rule Britannia des Anglais et le Gott erhalte Franz den Kaiser des Autrichiens, et tôt ou tard aura sa place dans la liturgie du patriotisme ; l’autre est un cantique à la Vierge :

Regnum Galliæ, .
Regnum Mariæ,
Nunquam peribit.


Il semble que cette poésie de Benoît XIV ait mis en verve le compositeur, dont le motif respire un air de fête ; c’est de la musique tout en dehors, vivante, aimable, ensoleillée, et qui d’un coup d’aile vous transporte au pied des Pyrénées parmi ces populations pittoresques qu’enflamme une religion allègre et voyante comme leurs habits, où la note écarlate domine. Du reste ces tons chauds et qui s’enlèvent en vigueur caractérisent au premier chef le talent du marquis d’Ivry. C’est en musique un homme du midi, et le public en jugera lorsqu’il lui sera donné d’assister à la représentation des Amans de Vérone, et d’entendre cette partition, non point telle qu’elle fut imprimée il y a quelques années, mais telle qu’elle est maintenant que l’auteur l’a mise à son point. Où et quand l’événement se produira, Dieu seul le sait, mais il se produira en dépit des obstacles. Nous avons en France aujourd’hui une jeune école musicale des plus riches en promesses ; quelles mesures prennent les directeurs pour aider à l’avènement de toutes ces forces généreuses, qui, faute d’être encouragées au théâtre, ne se dépensent plus que dans les salles de concert ? L’état cependant fait ce qu’il peut, il paie des subventions, entretient à Rome un collège de lauréats, et par ses soins nous avons pu entendre au Conservatoire, le mois dernier, un oratorio de M. Rabuteau (le Passage de la Mer-Rouge), et une suite d’orchestre de M. Lefebvre, ouvrages recommandables à divers titres ; mais toute cette bonne volonté ne fructifiera qu’autant que les directeurs de nos grandes scènes seront vigoureusement ramenés et maintenus dans le droit chemin. La difficulté, c’est d’abord et avant tout qu’on ne veut rien faire, ensuite qu’avec les nouveaux il faudrait savoir choisir, endosser une responsabilité, chose grave, tandis qu’avec les vieux, les talens consacrés, on n’a pas besoin de discerner, on prend tout bonnement ce qu’ils vous apportent, et, s’il y a échec, eux seuls en répondent.

Dans huit ou dix mois d’ici, un an peut-être, la nouvelle salle de l’Opéra ouvrira ses portes. Quelle sera l’œuvre d’inauguration ? D’abord, oh avait parlé des Huguenots, mais il a été remarqué fort à propos que cette partition-là, tout chef-d’œuvre qu’elle est, est d’un Prussien, et qu’en pareil cas une musique de nationalité française vaudrait peut-être mieux. Jeanne d’Arc s’offrait d’elle-même, pièce de circonstance s’il en