Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/100

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Wolowski : ainsi M. d’Haussonville fut élu président du comité des secours ; quant à M. Guynemer, une place lui était assignée d’avance dans le comité d’Algérie, et c’est lui en effet qui, mettant au service de la commission ses connaissances en la matière, lui a permis de tirer le plus avantageux parti des fonds qu’elle destinait au soulagement des colons.

L’installation d’une famille de colons et la mise en valeur d’une concession de terre exigent beaucoup de frais et de travail : il en est ainsi en Australie, en Amérique, mais en Algérie plus que partout ailleurs ; la difficulté sera bien plus grande encore, si cette famille est dénuée de ressources personnelles et n’a aucune notion, aucune habitude de l’agriculture. Le sol de l’Algérie, d’une fertilité incomparable, est généralement déboisé : aussi l’immigrant pauvre ne saurait-il s’y construire à peu de frais un logement provisoire ; pour le même motif, la chaux, la brique, la tuile, ne peuvent la plupart du temps être fabriquées sur place, et la construction d’une habitation définitive, si modeste qu’on la suppose, est également coûteuse. De plus la mature du terrain, sauf dans quelques endroits privilégiés à proximité d’Alger, convient bien mieux à la culture des céréales qu’aux cultures industrielles ou maraîchères, et les concessions de terres doivent avoir certaine étendue, 25 ou 30 hectares au moins, pour une famille de cinq personnes : il s’agit donc d’une petite ferme à monter, avec ses animaux et tout son matériel d’exploitation. Enfin la première année d’une installation ne donne qu’une récolte insuffisante, et ce n’est qu’après la deuxième année, quelquefois même après la troisième, si les circonstances ont été défavorables, qu’une famille peut réellement subvenir à tous ses besoins avec les produits de sa concession. A partir de ce moment, il est vrai, avec du travail et de la bonne conduite, son avenir est assuré, et rien ne s’oppose plus à ce qu’elle arrive promptement à l’aisance ou même à la fortune. En résumé, on ne saurait évaluer à moins de 6,000 fr., non compris les travaux publics à la charge de l’état, la somme que doit dépenser une famille ou qu’on doit dépenser pour elle avant qu’elle soit définitivement établie et en mesure de réussir. Les essais antérieurs de colonisation, entrepris tant par les particuliers que par le gouvernement lui-même, avaient déjà prouvé l’exactitude de ce chiffre, et l’expérience des trois dernières années n’aura servi qu’à le confirmer.

Le total des sommes provenant de la « souscription des dames de France » et versées à différentes fois par le trésor dans les mains de la commission s’est trouvé en définitive fixé, à 6,254,000 francs, dont un tiers et plus ont été consacrés à l’Algérie. Consulté sur la situation des émigrans au moment où le comité de colonisation commençait ses travaux, M. le directeur de l’Algérie au ministère de l’intérieur