Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/116

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


D’un autre côté, quoique M. Dollfus ait dû renoncer à continuer par lui-même l’œuvre qu’il avait entreprise, ; il n’a pas prétendu s’en désintéresser complètement, et, devenu membre honoraire de la société de protection, il s’occupe encore de Boukhalfa pour augmenter le bien-être de la colonie. C’est ainsi qu’il songe à faire construire un four banal, qui rendrait grand service à tout le village. N’est-il pas triste qu’à Tizi-Ouzou, dans ce pays de blé, le pain se paie plus cher qu’en France ? M. Dollfus voudrait aussi répandre parmi les colons un manuel écrit en allemand où se trouveraient les notions les plus utiles d’agriculture. Il est d’ailleurs convenu que sur les vingt maisons nouvelles, aujourd’hui prêtes et meublées, cinq ou six lui seront réservées pour y établir, aux conditions de la société, des colons de son choix. Toutes les autres, avec celles qui restent encore vacantes à Azib-Zamoun, seront également occupées avant la fin de l’année. Plus de quatre-vingts familles ont adressé des demandes de concession à la société ; plusieurs sont alliées à des familles déjà établies, d’autres aussi, ayant une certaine aisance et qui avant de se décider avaient pris soin d’envoyer un de leurs membres pour visiter les lieux, offrent spontanément de verser, à titre de garantie, une somme équivalente au prix de la maison qui leur sera affectée. Ce fait en dit plus que tout le reste sur le succès obtenu par la société et la confiance légitime qu’elle a su partout inspirer.

Le troisième territoire compris dans le traité primitif avec Aïn-Tinn et Azib-Zamoun tire son nom du maréchal Bugeaud, qui aux premiers jours de la conquête y campa quelque temps avec ses troupes. Il est pour ainsi dire l’annexe de celui d’Azib-Zamoun, auquel il confine à l’ouest, et n’est séparé à l’est que par une faible distance de celui de Boukhalfa ; il ne contient pas moins de 1,800 hectares de terres dont la fertilité est proverbiale dans le pays ; mais l’état marécageux de certaines parties en rendait jusqu’ici le séjour peu salubre, et s’opposait à ce qu’on tentât aussitôt le peuplement. Aussi des clauses spéciales lui sont-elles appliquées dans le traité : l’état s’est engagé à faire tous les travaux d’assainissement nécessaires, comme canaux et plantations ; la société contribuera pour un quart aux dépenses, estimées environ 40,000 francs, et à titre de dédommagement recevra la jouissance immédiate du territoire pour en user au mieux de ses intérêts ; les travaux terminés, une expertise décidera s’ils sont réellement suffisans pour assurer la sécurité des colons, et alors seulement la société sera tenue de peupler sa concession dans les délais prévus par la loi. Comme pour Boukhalfa, l’insalubrité du pays n’est rien moins qu’irrémédiable : qu’on se figure un fond de vallée, de nature argileuse, encaissée par des montagnes élevées ; les marais y sont