Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/124

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


encourager l’existence d’entreprises ou de sociétés particulières qui, tout en poursuivant dans la colonisation leurs intérêts propres, contribueront à accroître les forces vives du pays.

Trois causes principales se sont opposées jusqu’ici au développement de la colonisation française en Algérie : le manque de routes, le manque de bois, enfin, il faut bien le dire, l’infériorité morale où le colon s’est toujours trouvé vis-à-vis de l’Arabe. Les Turcs et les indigènes n’avaient pas besoin de routes, vivant et commerçant d’une façon toute primitive ; mais notre civilisation ne peut s’en passer. Il suffirait là-bas de quelques voies de communication bien tracées pour rendre la vie à d’immenses territoires, jusqu’à ce jour presque improductifs : par malheur, la pénurie du budget colonial ne permet pas de faire la moindre partie de ce qui serait utile ; mais pourquoi donc ne pas employer l’armée, comme on l’a proposé déjà, à la construction des routes et à la création des villages ? N’était-ce pas là l’idée du maréchal Bugeaud, celui des gouverneurs qui a le plus fait peut-être pour l’Algérie ? N’était-ce pas bien avant lui l’habitude des Romains, ces maîtres en colonisation, dont les traces se retrouvent à chaque pas jusqu’au fond du désert ? Certes nos braves soldats ne pourraient en temps de paix rendre au pays de plus grands services.

Depuis des siècles, l’Arabe s’acharne à détruire le bois ; passant près d’une forêt, par pur caprice il y met le feu ; ses troupeaux font le reste. La chèvre surtout est terrible : le mouton coupe, la chèvre saccage, détruit ; elle se plaît à aller chercher sa nourriture partout où la végétation tente ses premiers essais ; elle broute les pousses des jeunes arbres et les maintient perpétuellement à l’état de buissons. Les conséquences sont faciles à déduire : où manque le bois, tout manque également, l’eau, les prairies, les matériaux pour construire ; la terre seule reste, aride et désolée. Ici des mesures sévères de répression contre ces stupides destructeurs des forêts arrêteront le mal dans son principe ; il s’agira ensuite de le réparer ; par des reboisemens successifs, par des plantations multipliées, ainsi que l’a pratiqué la société dans ses villages, l’administration d’une part, les colons de l’autre, peuvent faire beaucoup pour l’assainissement et la richesse de la contrée.

Quant aux indigènes eux-mêmes, il n’y a point d’illusion à se faire sur les sentimens qu’ils nourrissent à notre égard. Comme chrétiens, comme conquérans, nous leur sommes odieux, et malgré le peu de succès des insurrections précédentes, ils conservent encore l’espoir de nous jeter à la mer. Le Coran ne leur dit-il pas : « Que la malédiction de Dieu atteigne les infidèles, les juifs et les chrétiens. — Tuez-les partout où vous les trouverez, et chassez-les d’où ils vous ont chassés ? » Jamais ils n’ont accepté notre domination, ils se